À neuf mois de l’élection présidentielle prévue le 25 octobre, le climat politique en Côte d’Ivoire reste marqué par des tensions autour de la révision de la liste électorale et de l’impartialité de la Commission électorale indépendante (CEI). L’opposition continue de réclamer un allongement du processus et met en cause le rôle de l’institution dirigée par Ibrahime Kuibiert-Coulibaly, devenu une cible récurrente des critiques.
Une crise persistante
Le dialogue politique entre l’opposition et le pouvoir semble au point mort. Tandis que le gouvernement d’Alassane Ouattara maintient le calendrier électoral, les partis d’opposition dénoncent un processus biaisé. Ils estiment que la CEI ne joue pas pleinement son rôle d’arbitre neutre et que sa marge de manœuvre reste limitée face aux décisions du régime.
Sur les réseaux sociaux et dans les cercles politiques, les critiques fusent contre Kuibiert-Coulibaly, perçu par ses détracteurs comme le garant d’un statu quo favorable au parti au pouvoir, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Des activistes lui imputent la responsabilité d’une éventuelle montée des tensions, tandis que d’autres l’accusent de ne pas suffisamment défendre l’inclusivité du processus électoral.
Pressions et répression
L’opposition accuse le gouvernement d’instrumentaliser la justice pour museler ses adversaires. Une loi adoptée en 2024 interdit désormais de contester publiquement une décision judiciaire ou de manifester en soutien à une personne condamnée, une mesure qui vise particulièrement les partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo.
Plusieurs figures de l’opposition ont été arrêtées ces derniers mois. Rodel Dosso, ancien ministre et cadre du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), a été interpellé en octobre à son domicile de Bingerville. En décembre, Gala Kolébi, un sociologue proche du PPA-CI, a été arrêté dans des conditions similaires. Début janvier, le youtubeur burkinabè « Alino Faso » a été incarcéré à Abidjan, officiellement pour des raisons non divulguées.
D’autres personnalités, notamment des proches de Guillaume Soro, ont également été visées. Soumahoro Kando, ancien député, a été arrêté pour avoir assisté à une réunion politique au siège du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), alors que son propre parti, Générations et Peuples Solidaires (GPS), est interdit. Mamadou Traoré, autre proche de Soro, a été condamné pour des publications jugées mensongères sur les réseaux sociaux.
Les contradictions de l’opposition
Si l’opposition dénonce le fonctionnement de la CEI, elle n’en demeure pas moins partie prenante de l’institution. Plusieurs de ses représentants siègent au sein de la commission et certains ont même validé les chiffres de la dernière révision électorale. En novembre 2024, Bamba Siaka, représentant du PDCI à la CEI, s’est félicité du recensement de 1,5 million de nouveaux électeurs, qualifiant ces résultats de « progrès encourageant » par rapport à la précédente opération.
Dano Djédjé, président exécutif du PPA-CI, a lui-même rencontré Kuibiert-Coulibaly pour discuter de la situation et a plaidé pour que son parti obtienne un poste de vice-président au sein de la CEI. Une démarche qui, aux yeux de certains observateurs, illustre un double discours de l’opposition, oscillant entre contestation et participation au système électoral en place.
Cette contradiction affaiblit la crédibilité des revendications de l’opposition sur la scène internationale. « Les ONG plaident pour des élections justes et transparentes, mais les diplomates nous répondent toujours que l’opposition siège au sein de la CEI », confie un responsable d’Action pour la promotion des droits de l’homme (APDH).
Avec une présidentielle qui approche et un climat politique tendu, la Côte d’Ivoire semble une fois de plus engagée dans une élection sous haute tension. Reste à savoir si des mesures seront prises pour apaiser les inquiétudes ou si le statu quo perdurera jusqu’au scrutin.
La Rédaction

