En Somalie, le Programme alimentaire mondial utilise l’intelligence artificielle pour anticiper les zones où l’insécurité alimentaire risque de s’aggraver. Cette avancée améliore le ciblage des interventions, mais elle ne compense pas le manque de financements, alors que près de six millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë.
Le Programme alimentaire mondial mise désormais sur l’analyse prédictive pour intervenir avant que les crises nutritionnelles ne deviennent incontrôlables. En Somalie, l’agence onusienne s’appuie sur HungerMap Live, une plateforme qui croise des données sur le climat, l’agriculture, les prix, l’inflation et l’alimentation.
Sa nouvelle version, lancée en avril 2026, permet non seulement de localiser les foyers de faim, mais aussi d’identifier les zones où la situation pourrait rapidement se dégrader. L’objectif est de prépositionner l’aide et de mieux hiérarchiser les urgences.
Burhakaba, exemple d’une intervention anticipée
Dans le district de Burhakaba, situé à environ 180 kilomètres au nord-ouest de Mogadiscio, les analyses de HungerMap Live ont signalé une aggravation du risque nutritionnel.
Le PAM a pu y fournir une assistance alimentaire à 48 000 personnes et un soutien nutritionnel à 3 000 femmes et enfants. Cette intervention précoce visait à éviter une multiplication des cas de malnutrition sévère, des déplacements de population et des décès.
L’intelligence artificielle ne remplace toutefois pas les évaluations réalisées sur le terrain. Elle complète les informations recueillies par les partenaires humanitaires et aide à déterminer quelles communautés doivent être secourues en priorité, ainsi que la forme d’aide la plus adaptée.
La technologie face au manque de moyens
Le principal obstacle demeure financier. Alors que près de six millions de Somaliens connaissent des niveaux critiques d’insécurité alimentaire, le PAM ne peut actuellement assister qu’une personne sur dix parmi celles qui ont besoin d’aide.
L’agence estime avoir besoin de 192 millions de dollars supplémentaires d’ici janvier 2027 pour élargir ses opérations. L’intelligence artificielle peut donc améliorer la précision des décisions, mais elle ne crée ni les financements ni les ressources nécessaires à leur mise en œuvre.
La Somalie reste particulièrement vulnérable en raison de la succession des sécheresses et des inondations, du conflit prolongé et de sa forte dépendance aux importations alimentaires. Les fluctuations des prix mondiaux aggravent encore la fragilité des ménages.
Dans ce contexte, l’IA offre au PAM une meilleure visibilité sur les crises à venir. Mais elle révèle aussi un paradoxe de plus en plus marqué : les acteurs humanitaires savent mieux où la faim va progresser, sans toujours disposer des moyens nécessaires pour l’empêcher.
La Rédaction
Source : ONU

