Après plusieurs années d’accalmie, les eaux somaliennes replongent dans l’incertitude. La récente attaque contre le Hellas Aphrodite, un pétrolier battant pavillon maltais, relance la crainte d’un retour massif de la piraterie au large de la Corne de l’Afrique.
Le navire, pris pour cible alors qu’il transportait une cargaison d’essence de Sikka (Inde) à Durban (Afrique du Sud), marque la première saisie d’un bâtiment commercial en plus d’un an. Selon Latsco Marine Management Inc., propriétaire du navire, les assaillants ont utilisé des armes lourdes, dont des RPG, avant que les 24 membres d’équipage ne se réfugient dans la citadelle du bord.
Un échec pour les efforts de sécurisation maritime
Cette attaque remet en question l’efficacité du partenariat sécuritaire signé en février 2024 entre la Somalie et la Turquie. Cet accord, d’une durée de dix ans, vise à renforcer la défense et la protection des ressources maritimes du pays.
Mais pour Osman Yusuf, président de la Prestige Fishing Company et militant écologiste, les résultats se font attendre :
« Quelles mesures concrètes protègent aujourd’hui l’océan somalien ? La reprise de la piraterie est un signal d’alarme », a-t-il dénoncé.
Une peur qui gagne les pêcheurs
Sur les côtes somaliennes, les pêcheurs redoutent une nouvelle spirale de violence.
« Les rumeurs d’attaques alimentent la peur et la stigmatisation de nos activités », explique Osman Abdi, pêcheur de la région de Puntland. L’insécurité croissante menace directement les moyens de subsistance des communautés côtières, déjà fragilisées par la concurrence des flottes étrangères et la dégradation de l’écosystème marin.
Un contexte géopolitique explosif
Selon Ambrey, société britannique de sécurité maritime, les assaillants auraient opéré depuis un bateau de pêche iranien, l’Issamohamadi, utilisé comme base flottante. L’Iran n’a pour l’heure pas reconnu cette saisie.
La mission européenne Atalanta, déployée dans la région depuis 2008, a confirmé avoir dépêché une unité à proximité de la zone d’attaque. Elle a également averti que des groupes armés opèrent activement au large de la Somalie et qu’il est « presque certain » que de nouvelles attaques surviendront.
Un phénomène ancien, relancé par les tensions régionales
À son apogée, en 2011, la piraterie somalienne avait causé 237 attaques et coûté près de 7 milliards de dollars à l’économie mondiale. Le phénomène avait ensuite décliné, grâce aux patrouilles internationales et au renforcement des institutions somaliennes.
Mais depuis 2024, la situation s’est à nouveau détériorée. Le Bureau maritime international a recensé sept incidents au large de la Somalie cette année, une recrudescence liée à la déstabilisation régionale provoquée par les attaques des rebelles houthis du Yémen dans la mer Rouge, dans le contexte du conflit entre Israël et le Hamas.
Vers un retour à la vigilance internationale
Les experts estiment que la montée de l’insécurité maritime en Somalie pourrait remettre en cause des années d’efforts multilatéraux. Si la communauté internationale ne renforce pas rapidement les mécanismes de dissuasion et de surveillance, les pêcheurs locaux risquent de payer le prix d’une guerre économique qui se joue bien au-delà de leurs eaux.
La Rédaction

