Dakar tente de préserver le dialogue entre la Cédéao et l’Alliance des États du Sahel
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a reçu en fin de semaine à Dakar Lansana Kouyaté, désigné négociateur en chef de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest auprès de l’Alliance des États du Sahel. Cette rencontre s’inscrit dans une tournée diplomatique préparatoire avant le déplacement annoncé de Kouyaté au Mali, au Niger et au Burkina Faso, trois États ayant officiellement quitté la Cédéao en janvier 2025.
À travers cette séquence diplomatique, Dakar confirme son positionnement comme l’un des principaux relais de médiation entre l’organisation ouest-africaine et les régimes sahéliens désormais regroupés au sein de l’AES. La nomination de Lansana Kouyaté, ancien secrétaire exécutif de la Cédéao et figure familière des équilibres régionaux, traduit la volonté de maintenir des canaux de discussion malgré la rupture institutionnelle.
Avant son étape sénégalaise, le diplomate guinéen avait été reçu le 30 avril à Abidjan par le président ivoirien Alassane Ouattara. Selon ses déclarations, le chef de l’État ivoirien continue de s’interroger sur la logique ayant conduit les États sahéliens à quitter l’organisation régionale. « Pourquoi tout cela, alors que ce n’était pas nécessaire ? », aurait résumé le président ivoirien au cours de leurs échanges.
Une fracture régionale devenue stratégique
Le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger a profondément bouleversé l’architecture politique ouest-africaine. Au-delà du différend institutionnel avec la Cédéao, la création de l’AES marque l’émergence d’un bloc sahélien revendiquant une souveraineté sécuritaire, diplomatique et économique accrue face aux mécanismes traditionnels d’intégration régionale.
Dans ce contexte, le Sénégal tente de préserver une ligne d’équilibre. Depuis son arrivée au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye a multiplié les signaux d’ouverture envers les autorités sahéliennes tout en maintenant l’ancrage du Sénégal au sein de la Cédéao. Dès juillet 2024, il avait été mandaté, aux côtés du président togolais Faure Gnassingbé, pour conduire des efforts de médiation avec les capitales de l’AES.
Cette orientation s’est notamment traduite par la désignation du professeur Abdoulaye Bathily comme envoyé spécial chargé d’établir des contacts discrets avec les autorités sahéliennes.
Le terrorisme comme point de convergence
Au-delà du dossier institutionnel, Dakar insiste désormais sur l’urgence sécuritaire. Samedi, Bassirou Diomaye Faye a plaidé pour une approche africaine coordonnée contre le terrorisme, estimant que l’instabilité au Sahel dépasse largement les frontières nationales.
« Tout ce qui se passe au Mali affecte le Sénégal et vice versa », a déclaré le chef de l’État sénégalais, soulignant les liens historiques, humains et sécuritaires entre les deux pays.
Cette doctrine s’est concrétisée ces derniers mois par un renforcement de la coopération sécuritaire entre Dakar et Bamako. Le 20 février 2025, des patrouilles mixtes ont notamment été lancées dans la zone frontalière de Diboli, dans la région de Kayes, face à la montée des activités du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.
Le président sénégalais défend également l’idée d’un renforcement des mécanismes collectifs africains, notamment la mise en œuvre plus opérationnelle de la force régionale en attente de la Cédéao.
Une médiation sous haute tension
La mission de Lansana Kouyaté intervient cependant dans un climat particulièrement sensible. Les relations entre la Cédéao et l’AES restent marquées par une profonde défiance politique, alimentée par les sanctions imposées après les coups d’État successifs dans la région et par les divergences stratégiques sur la gouvernance et la sécurité.
Malgré ces tensions, plusieurs capitales ouest-africaines redoutent qu’une rupture durable n’affaiblisse davantage la coordination régionale face à l’expansion jihadiste et aux fragilités économiques du Sahel.
Pour Dakar, l’enjeu dépasse désormais le simple retour des États sahéliens dans le giron communautaire. Il s’agit aussi d’éviter l’installation d’une fracture géopolitique durable en Afrique de l’Ouest, au moment où les défis sécuritaires, migratoires et économiques imposent une coopération régionale plus étroite.
La Rédaction

