En décembre 2024, les gouvernements allemand et namibien ont conclu un accord historique sur le génocide des Herero et Nama commis par l’empire allemand entre 1904 et 1908. Si cette déclaration commune reconnaît les atrocités et prévoit des mesures de compensation, elle est loin de faire l’unanimité en Namibie, où les descendants des victimes se disent marginalisés dans le processus.
Une reconnaissance tardive et encadrée
L’Allemagne, ancienne puissance coloniale en Namibie de 1884 à 1915, a accepté de reconnaître que les massacres d’Ovahereros et de Namas entre 1904 et 1908 constituent un génocide selon les critères actuels. Dans cette déclaration conjointe, Berlin présente ses excuses pour les violences commises et s’engage à verser 1,1 milliard d’euros sur 30 ans pour financer des projets de développement et de réconciliation.
Cependant, ce geste est critiqué pour son caractère limité. Les termes « réparation » ou « indemnisation » n’apparaissent pas, laissant entendre que les mesures prévues n’impliquent aucune responsabilité juridique directe. De plus, les excuses elles-mêmes ont été négociées et non spontanément présentées, ce qui suscite la colère de nombreuses communautés en Namibie.
L’exclusion des descendants des victimes
L’un des principaux griefs contre cet accord réside dans l’absence de représentation des communautés directement touchées par le génocide. Les descendants des Herero et Nama, regroupés autour de l’Autorité traditionnelle Ovaherero et de l’Association des chefs Nama, ont dénoncé leur exclusion des négociations, en violation de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.
Les estimations indiquent que près des deux tiers des Herero et un tiers des Nama ont péri entre 1904 et 1908. Pourtant, les descendants de ces groupes, ainsi que ceux des Damaras et des San, n’ont pas été impliqués de manière significative dans les discussions. Le gouvernement namibien, dominé par des groupes ethniques moins affectés par le génocide, est accusé de privilégier ses relations avec l’Allemagne au détriment d’une réelle réconciliation.
Un processus controversé
Depuis le début des négociations en 2015, l’accord a suscité des tensions. Déjà en 2021, le projet initial avait été rejeté par les représentants des Herero et Nama, qui l’ont qualifié de « trahison » de la part du gouvernement namibien. En 2022, les tentatives de dialogue menées par le vice-président namibien, Nangolo Mbumba, ont échoué, les communautés concernées maintenant leur position : « Rien sur nous, sans nous ».
L’opposition à cet accord ne se limite pas à la Namibie. En Allemagne, le Bundestag doit encore approuver les engagements budgétaires nécessaires à sa mise en œuvre. De plus, les incertitudes politiques liées à la chute récente de la coalition gouvernementale à Berlin pourraient retarder voire compromettre l’adoption du projet.
Une réconciliation en suspens
Alors que l’Allemagne prévoit de présenter des excuses officielles par la voix de son président, Frank-Walter Steinmeier, la Namibie doit encore examiner leur contenu. Les chefs Herero et Nama, eux, restent inflexibles : ils exigent une reprise complète des négociations avec leur participation.
Pour les descendants des victimes, cet accord ne répond ni aux attentes de justice ni aux besoins de mémoire. Comme l’ont déclaré les chefs traditionnels lors d’une récente assemblée :
« Peu importe le temps que cela prendra, la bataille sera finalement gagnée avec un héritage crédible pour les générations futures. »
En attendant, la réconciliation entre les deux nations reste une promesse fragile, encore largement éclipsée par les divisions internes et les enjeux politiques.
La Rédaction

