La Sierra Leone pourrait bientôt rejoindre le cercle restreint des pays d’Afrique de l’Ouest ayant légalisé l’avortement. Un projet de loi baptisé “Safe Motherhood and Reproductive Health Act” divise profondément le pays, opposant santé publique et convictions religieuses.
Une loi pour sauver des vies
En Sierra Leone, une femme sur 20 meurt des suites de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé. L’accès à l’avortement sûr et légal est considéré par les défenseurs des droits humains comme une mesure urgente pour enrayer cette tragédie silencieuse.
Le président Julius Maada Bio a clairement exprimé son soutien à la loi, soulignant que l’État ne peut plus fermer les yeux sur les avortements clandestins, responsables de nombreuses morts évitables. Si elle est adoptée, la loi permettra aux femmes de mettre fin à une grossesse dans un délai de 12 semaines, et au-delà dans des cas exceptionnels : viol, inceste, malformation grave du fœtus ou danger pour la santé de la mère.
Le Conseil interreligieux en opposition
Mais cette avancée en matière de santé reproductive est loin de faire l’unanimité. Le Conseil interreligieux, influent et très écouté, a dénoncé un texte “contraire à la volonté divine” et à la culture du pays. Le blocage ne vient donc pas uniquement du Parlement, mais d’un conflit de valeurs profond entre une approche médicale et des dogmes religieux ancrés.
Dans ce pays à majorité chrétienne et musulmane, la foi structure une grande partie de la vie sociale. L’avortement y est encore perçu comme un tabou absolu, souvent assimilé à un meurtre. Les associations religieuses appellent à une réécriture du projet de loi, exigeant qu’il soit conforme aux “principes moraux de la société sierra-léonaise”.
L’ombre du Bénin
La référence béninoise est dans tous les esprits. Depuis la dépénalisation de l’avortement en 2021, le Bénin a connu une baisse notable des complications liées aux IVG. Ce précédent régional est brandi par les militantes féministes comme un exemple à suivre. “Ce n’est pas une porte ouverte à l’irresponsabilité, c’est un outil de santé publique”, martèle une avocate de Freetown.
Le cas béninois montre aussi que la résistance sociale initiale peut être surmontée, à condition que les autorités accompagnent la réforme d’une pédagogie claire sur les droits et la santé des femmes.
Une bataille symbolique pour l’Afrique de l’Ouest
Le vote à venir au Parlement s’annonce donc décisif. Il ne s’agit pas uniquement d’un changement législatif, mais d’un moment charnière pour les droits des femmes en Afrique de l’Ouest. Si le texte est adopté, la Sierra Leone deviendrait le deuxième pays de la région à reconnaître légalement le droit à l’avortement, et enverrait un signal fort dans un continent où ces droits sont encore très restreints.
Mais le combat s’annonce rude. Entre dogmes religieux, traditions patriarcales et réalités sanitaires alarmantes, le pays doit choisir entre la préservation des normes sociales et la protection des vies humaines. Une décision politique, mais aussi profondément morale.
La Rédaction

