À cinq mois d’une élection présidentielle à hauts enjeux, la Côte d’Ivoire voit s’intensifier les tensions autour de la candidature de Tidjane Thiam. Ce dimanche, un millier de jeunes militants du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) se sont rassemblés à Abidjan pour dénoncer son exclusion de la liste électorale et appeler à sa réintégration. Un mouvement de colère qui illustre la cristallisation politique autour de l’ancien banquier international, devenu l’un des symboles de l’opposition.
“Pas d’élection sans Thiam” : la jeunesse donne le ton
Au siège du PDCI, dans le quartier de Cocody, la voix d’Henri Joël Kouadio, président de la jeunesse estudiantine du parti, a résonné comme un ultimatum : « S’il n’y a pas Tidjane Thiam sur la liste électorale définitive, il n’y a pas d’élections en Côte d’Ivoire ». Le message est clair. Pour ces jeunes, l’exclusion du candidat incarne une dérive inacceptable, à laquelle ils entendent opposer une mobilisation croissante.
Samedi déjà, le PDCI avait réuni des milliers de partisans pour dénoncer « l’injustice, la tyrannie et la peur », appelant à une « mobilisation nationale ». Une autre démonstration de force est prévue jeudi au Plateau, cœur politique et administratif du pays. Ce même jour, la justice se penchera sur une procédure pouvant écarter Thiam de la présidence du parti.
Double menace judiciaire sur Thiam
L’offensive judiciaire à l’encontre de Tidjane Thiam se joue sur deux fronts. Le 22 avril, un tribunal a estimé qu’il avait perdu sa nationalité ivoirienne au moment de son inscription électorale en 2022, entraînant sa radiation de la liste. De plus, une militante du PDCI conteste désormais sa légitimité à la tête du parti. Un jugement sur cette affaire est attendu le 8 mai.
Cette série de décisions judiciaires, que les autorités justifient par la stricte application des textes, est perçue par l’opposition comme une stratégie d’éviction déguisée. Pour Jacques Ehouo Gabriel, député-maire et cadre du PDCI, « on ne peut pas voir de la manipulation au niveau de la justice et se taire ».
Un climat de défiance qui rappelle les heures sombres
La situation rappelle à beaucoup les heures tragiques de la crise post-électorale de 2010-2011, qui avait fait environ 3 000 morts. Alors que le président Alassane Ouattara, 83 ans, entretient le flou sur une éventuelle candidature, les principales figures de l’opposition – Thiam, mais aussi l’ancien président Laurent Gbagbo – sont pour l’instant écartées du scrutin.
La Côte d’Ivoire, pourtant citée comme modèle de stabilité économique dans une région agitée par les coups d’État et les violences jihadistes, voit à nouveau monter les tensions à l’approche d’un scrutin crucial. « Le mercure est en train de monter », prévient le député PDCI Yohou Dia Houphouët Augustin. Pour les partisans de Thiam, le temps des discours est passé. Place à l’action.
La Rédaction

