Les chalutiers européens quitteront les eaux sénégalaises dès dimanche soir, faute de renouvellement de l’accord de pêche entre Bruxelles et Dakar. L’ambassadeur de l’Union européenne, Jean-Marc Pisani, a confirmé cette décision, invoquant des “défaillances” du Sénégal dans la lutte contre la pêche illégale, un point soulevé par la Commission européenne en mai dernier.
Depuis 2019, cet accord permettait aux navires européens de pêcher dans la zone économique exclusive du Sénégal, mais les failles en matière de suivi et de contrôle des activités de pêche ont freiné son renouvellement. En conséquence, les bateaux européens, notamment espagnols et français, devront se replier vers d’autres zones de pêche autorisées en Afrique de l’Ouest, où des accords similaires existent, notamment avec la Gambie, la Guinée-Bissau et le Cap-Vert.
Le Sénégal, identifié par l’Union européenne comme “non coopératif” face à la pêche illicite, avait reçu un avertissement en mai sous forme de “carton jaune”. Ce signal pointait des manquements dans la surveillance des activités des navires battant pavillon sénégalais, ainsi que des cas d’exportations illégales de poissons vers l’UE. L’absence de progrès sur ces questions a empêché le prolongement de l’accord, qui arrive à son terme ce dimanche à minuit.
Une ressource cruciale en péril
La pêche représente un pilier économique et social essentiel au Sénégal, mais elle traverse une crise profonde. Les communautés côtières, dont les moyens de subsistance dépendent de cette activité, sont aussi le théâtre d’un exode migratoire croissant, avec des pêcheurs tentant de gagner l’Europe sur des pirogues fragiles. Pour plus de 600 000 Sénégalais, la pêche constitue une source directe ou indirecte de revenus.
Cependant, la pression exercée par les flottes étrangères et les “bateaux usines” alimente la colère des pêcheurs locaux, qui dénoncent la baisse drastique des ressources halieutiques. Cette situation est d’autant plus sensible depuis l’élection du président Bassirou Diomaye Faye, déterminé à rétablir la souveraineté nationale sur les ressources maritimes. En campagne, le Premier ministre Ousmane Sonko n’a pas manqué de réitérer cet engagement en s’opposant fermement aux “bateaux étrangers qui pillent nos ressources”.
Un avenir incertain pour la pêche européenne au Sénégal
L’ambassadeur Pisani a précisé que les bateaux européens n’étaient autorisés à pêcher que sur des “stocks excédentaires”. En cinq ans, ils ont capturé environ 10 000 tonnes de poissons, correspondant aux limites fixées par l’accord. En retour, le Sénégal a perçu une contribution de 8,5 millions d’euros, complétée par les redevances des armateurs.
Toutefois, sans nouvel accord, cette source de financement pour l’État sénégalais est désormais suspendue. Des diplomates, sous couvert d’anonymat, ont souligné que le gel de l’accord résulte principalement de ces manquements structurels, indépendamment de la situation politique au Sénégal. Pour toute relance des négociations, des actions correctives devront être mises en œuvre, et un nouveau cadre pourrait prendre plusieurs mois avant de voir le jour.
La Rédaction

