Dakar, entre conservatisme religieux et manœuvres politiques
« Non à l’homosexualité ! »
Le slogan a retenti dans les rues d’une banlieue dakaroise vendredi, porté par une centaine de manifestants rassemblés à l’appel d’organisations islamistes, de collectifs citoyens et d’un rappeur populaire. Objectif affiché : faire pression sur le gouvernement pour renforcer la répression de l’homosexualité au Sénégal.
Les pancartes, explicites – « Zéro tolérance », « Criminalisez l’homosexualité » – témoignent de la virulence d’une revendication qui revient avec régularité dans l’espace public sénégalais. Encadrée par les forces de l’ordre, la marche a momentanément bloqué la circulation, mais son écho dépasse largement la périphérie de Dakar.
Une pression politique sur fond religieux
Le rassemblement a été organisé notamment par l’ONG islamique Jamra, le collectif Noo Lank – qui milite pour la préservation des « valeurs sociétales » – et soutenu par des figures artistiques influentes. Tous convergent autour d’un discours conservateur, où l’homosexualité est décrite comme une menace pour l’identité nationale et religieuse.
Dans ce pays à 95 % musulman, la question LGBT+ reste non seulement taboue, mais fait aussi l’objet de discriminations régulières. Les relations entre personnes de même sexe y sont déjà punies d’un à cinq ans de prison en vertu d’une législation qui qualifie ces actes de « contre nature ».
Une instrumentalisation politique ancienne
Le sujet est aussi hautement politisé. En 2022, Ousmane Sonko – alors chef de l’opposition – avait fait de la lutte contre l’homosexualité un axe de campagne électoral. Devenu Premier ministre en 2024, il dirige aujourd’hui un gouvernement issu du parti Pastef, actuellement sous pression de plusieurs groupes conservateurs pour aller plus loin.
Lundi dernier, des représentants du collectif « And Sàmm Jikko Yi » (« Ensemble pour la sauvegarde des valeurs ») ont soumis au groupe parlementaire du Pastef une initiative législative visant à durcir les peines contre l’homosexualité. Ce même collectif avait déjà tenté, en décembre 2021, de faire passer une proposition de loi prévoyant de cinq à dix ans de prison, mais celle-ci avait été rejetée.
Un clivage persistant
Les manifestations de vendredi s’inscrivent dans une mobilisation récurrente : en mai 2021 et février 2022, des milliers de personnes s’étaient déjà rassemblées à Dakar pour réclamer un durcissement de la loi. Malgré cela, les autorités parlementaires avaient jugé la législation existante « suffisamment sévère ».
La réapparition de cette revendication en 2025 reflète la persistance d’un clivage profond dans la société sénégalaise, entre défense des droits humains et attachement à une conception stricte de la morale religieuse. Elle pose aussi la question du rôle de l’État face à une opinion publique majoritairement hostile à la diversité sexuelle, mais aussi face aux engagements internationaux du pays en matière de droits de l’homme.
La Rédaction

