Monrovia — Un rapport récent de Human Rights Watch (HRW) met en lumière la situation dramatique des habitants de Khar Yalla, une communauté sénégalaise déplacée par les inondations côtières. Depuis près de dix ans, environ 1 000 personnes survivent dans des conditions indignes, sans accès à des services essentiels.Dans un entretien accordé à AllAfrica, Erica Bower, chercheuse en déplacement climatique pour HRW, appelle le Sénégal et la Banque mondiale à prendre des mesures immédiates.« Khar Yalla n’est pas habitable »Selon HRW, les conditions de vie à Khar Yalla constituent une violation flagrante du droit au logement décent. Le site est surpeuplé, dépourvu d’électricité pour la quasi-totalité des habitations, sans collecte de déchets ni assainissement adapté.Pire encore, les familles sont installées dans une zone inondable, ce qui les expose à des crues récurrentes chaque saison des pluies. Les eaux usées et les ordures pénètrent régulièrement dans les habitations.Les habitants ne disposent que de permis temporaires et révocables, sans droit d’agrandir leurs maisons. Ils n’ont accès ni à une école publique, ni à un centre de santé, ni à des opportunités d’emploi. Le manque de revenus est tel que de nombreuses familles ne peuvent même plus payer les frais de transport pour accéder aux services les plus proches.Un millier de personnes oubliéesHRW estime à environ 1 000 personnes réparties dans 68 maisons la population concernée.La réponse des autorités est jugée « préoccupante » : certaines ignoraient l’existence même de la communauté, d’autres ont affirmé qu’elle ne relevait pas des projets financés par la Banque mondiale.« Ces habitants ont été relégués dans l’ombre, traités comme inexistants », déplore Erica Bower.Un appel au leadership du SénégalBien que le Sénégal soit considéré comme un pays pionnier dans la gestion du déplacement climatique, la situation de Khar Yalla révèle de graves lacunes. HRW appelle à une politique nationale de réinstallation planifiée, tirant les leçons de ce cas, afin de protéger durablement les droits des populations déplacées par le climat.La Banque mondiale est également invitée à revoir ses politiques de réinstallation, jugées inadaptées aux réalités des déplacements climatiques.Des mesures immédiates attenduesEn attendant une relocalisation digne, HRW demande aux autorités de :• Fournir l’électricité et renforcer l’assainissement à Khar Yalla,• Subventionner le transport pour permettre l’accès à l’école, aux hôpitaux et aux emplois,• Consulter directement les habitants, considérés comme des acteurs engagés capables de proposer des solutions.Un défi régional et mondialLa situation de Khar Yalla n’est pas isolée. Plus de 400 communautés dans le monde ont déjà été déplacées ou prévoient de l’être pour cause de catastrophes climatiques.Au Sénégal, certaines zones de Dakar et la commune de Palmarin (Fatick) sont aussi concernées.« Chaque pays côtier, en Afrique de l’Ouest comme ailleurs, doit tirer les leçons du Sénégal : ses défis, mais aussi son rôle moteur », souligne HRW.HRW exhorte le Sénégal à démontrer son leadership en matière de droits humains et d’adaptation climatique en mettant fin à la crise de Khar Yalla.Au moment où le changement climatique accentue la vulnérabilité des populations côtières, les droits des déplacés climatiques doivent être placés au cœur des politiques publiques, au Sénégal comme dans toute l’Afrique de l’Ouest.
La Rédaction

