Le président sénégalais a saisi la plus haute juridiction du pays pour contester la procédure ayant conduit à l’adoption d’une vaste révision de la Constitution. Une démarche qui ouvre une nouvelle bataille institutionnelle autour de l’équilibre des pouvoirs à Dakar.
Une contestation de procédure au sommet de l’État
La réforme constitutionnelle adoptée par l’Assemblée nationale sénégalaise le 29 juin dernier entre dans une nouvelle phase. Le président Bassirou Diomaye Faye a décidé de saisir le Conseil constitutionnel afin qu’il examine la régularité de la procédure suivie lors de son adoption.
Dans sa requête transmise lundi 6 juillet à la juridiction suprême, le chef de l’État ne remet pas directement en cause le contenu du texte, mais estime que les conditions ayant entouré son examen et son vote pourraient constituer une violation des règles constitutionnelles encadrant les révisions de la loi fondamentale.
Le président sénégalais demande un examen en urgence de la question, avec une décision attendue dans un délai resserré. Cette initiative place désormais le Conseil constitutionnel au cœur d’un affrontement institutionnel qui dépasse le simple débat juridique.
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Une réforme qui bouleverse l’architecture du pouvoir
Adoptée par une large majorité parlementaire avec 129 voix sur 165, la réforme prévoit une modification profonde du fonctionnement des institutions sénégalaises. Le texte touche 29 articles de la Constitution et redessine plusieurs rapports de force entre les principales institutions de la République.
Parmi les changements majeurs figure l’interdiction pour le président de la République d’exercer simultanément la direction d’un parti politique. Une disposition qui intervient dans un contexte marqué par les tensions entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien allié Ousmane Sonko.
La réforme prévoit également un renforcement des prérogatives de l’Assemblée nationale et du Premier ministre, ainsi que la transformation du Conseil constitutionnel en une Cour constitutionnelle composée de neuf membres.
Elle encadre aussi davantage le pouvoir présidentiel en limitant notamment la possibilité de dissoudre l’Assemblée nationale à une seule reprise au cours d’un mandat.
Une fracture politique autour du rôle d’Ousmane Sonko
Cette révision constitutionnelle divise profondément la classe politique sénégalaise. Ses opposants dénoncent un texte adopté sans concertation suffisante et considèrent qu’il pourrait favoriser la nouvelle position institutionnelle d’Ousmane Sonko, devenu président de l’Assemblée nationale après son départ de la Primature.
Pour ses détracteurs, plusieurs dispositions semblent répondre aux rapports de force actuels au sommet de l’État et pourraient modifier durablement l’équilibre politique issu de l’élection présidentielle de 2024.
Le camp présidentiel défend au contraire une réforme présentée comme l’aboutissement de plusieurs consultations nationales. Les responsables du Pastef rappellent que de nombreuses propositions intégrées au texte proviennent du Dialogue national organisé en 2025 et des Assises de la justice de 2024.
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Le Conseil constitutionnel face à une décision stratégique
La saisine du Conseil constitutionnel place désormais les juges devant une décision particulièrement sensible. Leur arbitrage devra déterminer si la procédure parlementaire suivie respecte les exigences prévues par la Constitution sénégalaise.
Au-delà de l’aspect juridique, cette affaire révèle les tensions liées à la recomposition politique en cours au Sénégal depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye.
Alors que le pays cherche à stabiliser ses institutions après une période de fortes turbulences politiques, la décision de la haute juridiction pourrait devenir un moment déterminant pour l’avenir du système institutionnel sénégalais.
La Rédaction

