L’adoption par l’Assemblée nationale d’un projet de loi modifiant l’équilibre des pouvoirs cristallise les tensions à Dakar. En réduisant les prérogatives du président Bassirou Diomaye Faye au profit du Parlement et du Premier ministre, le texte pousse le chef de l’État à envisager l’arbitrage direct d’un référendum.
DAKAR — Le Sénégal traverse une zone de fortes turbulences institutionnelles. L’Assemblée nationale a adopté un projet de réforme constitutionnelle qui redéfinit en profondeur les rapports entre les pouvoirs exécutif et législatif. Loin d’un simple ajustement technique, ce texte agit comme un révélateur des fractures politiques qui traversent le pays depuis l’alternance de 2024.
Un vote sous haute tension
Le projet de loi a été voté dans un climat de rupture électrique au Parlement. Marqué par des invectives et le boycott d’une partie de l’opposition, le débat a également débordé dans la rue, où les forces de l’ordre ont dû faire usage de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants aux abords de l’hémicycle.
Pour la majorité parlementaire, portée par le Pastef, cette révision est indispensable pour mettre fin à « l’hyper-présidentialisme » historique du régime sénégalais. À l’inverse, les détracteurs du texte y voient une manœuvre politique destinée à transférer le cœur du pouvoir réel vers l’Assemblée nationale et la Primature.
Les prérogatives présidentielles ciblées
Plusieurs dispositions clés du texte modifient directement l’architecture institutionnelle :
- Fin du cumul : L’interdiction stricte pour le chef de l’État de diriger un parti politique.
- Encadrement du pouvoir : Une réduction de l’influence présidentielle sur la conduite directe des politiques publiques.
- Renforcement parlementaire : Un élargissement des pouvoirs de contrôle et d’initiative de l’Assemblée nationale.
Dans les faits, ces mesures limitent la marge de manœuvre de Bassirou Diomaye Faye et renforcent le rôle de l’axe Parlement-Gouvernement.
La polarisation autour d’Ousmane Sonko
Ce bouleversement législatif s’inscrit dans un contexte de recomposition rapide des rapports de force. Le limogeage récent d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre, suivi de son élection stratégique à la présidence de l’Assemblée nationale, a exacerbé les rivalités.
Les tensions ont atteint leur paroxysme lorsque le député d’opposition Abdou Mbow a publiquement qualifié Ousmane Sonko de « président illégitime », provoquant une altercation générale et l’évacuation de l’élu par la sécurité. Cet incident illustre la rupture totale du dialogue républicain au sein des institutions.
L’option du référendum pour trancher l’impasse
Face au blocage et à la stratégie de rejet global adoptée par l’opposition — qui dénonce un texte voté sans consensus —, le président Bassirou Diomaye Faye a ouvert la voie à la tenue d’un référendum.
En déplaçant le conflit du Parlement vers le corps électoral, le chef de l’État tente de reprendre la main. Le recours au suffrage universel apparaît désormais comme le seul moyen de désamorcer une crise institutionnelle qui menace la stabilité politique du pays.
La Rédaction

