Un meeting massif sans le président, sur fond de rivalité larvée avec Ousmane Sonko et recomposition de l’équilibre au pouvoir
À Mbour, ville symbolique de la Petite-Côte, la coalition présidentielle « Diomaye Président » a réuni ce week-end une foule importante pour son premier grand rassemblement depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye en 2024. Présenté comme un moment de consolidation politique, l’événement a surtout mis en lumière les équilibres fragiles au sein de la majorité, dans un contexte marqué par des tensions de plus en plus visibles avec le Premier ministre Ousmane Sonko.
Fait notable : le chef de l’État était absent physiquement du meeting, se limitant à une intervention vidéo enregistrée. Une absence qui n’a pas échappé aux observateurs, tant la rencontre était pensée comme un test d’ancrage politique dans son bastion historique.
Une démonstration de force militante… sans le chef de l’État
Dans le stade Caroline Faye, plusieurs milliers de partisans ont répondu à l’appel de la coalition, venus de différentes régions du pays. L’objectif affiché était double : mesurer la vitalité du soutien populaire et réaffirmer la cohésion de l’espace politique présidentiel.
Sur scène, les cadres de la coalition ont pris le relais du chef de l’État pour défendre le bilan des deux premières années de gouvernance. Certains responsables gouvernementaux ont mis en avant des avancées économiques et des projets d’infrastructures en cours, présentés comme les premiers marqueurs d’une transformation structurelle du pays.
Dans la foule, les témoignages oscillent entre satisfaction et prudence. Si des sympathisants évoquent des réalisations concrètes, ils reconnaissent également que les attentes restent élevées, notamment sur les questions d’emploi et de développement territorial.
Une ligne de fracture politique de plus en plus visible
Au-delà de la mobilisation, ce rassemblement s’inscrit dans un contexte politique marqué par un repositionnement progressif du président vis-à-vis de son propre camp. Bassirou Diomaye Faye a récemment multiplié les signaux de distance avec le parti Pastef, formation dirigée par le Premier ministre Ousmane Sonko et principal vecteur de sa victoire électorale.
Le chef de l’État critique désormais certaines logiques internes du parti, notamment la personnalisation du pouvoir et les débats autour des ambitions présidentielles à l’horizon 2029. Dans le même temps, des proches du camp présidentiel appellent ouvertement à une continuité de mandat, accentuant l’ambiguïté institutionnelle entre coalition présidentielle et parti majoritaire.
Cette dynamique a été renforcée par des initiatives législatives concurrentes entre les deux pôles de l’exécutif, illustrant une compétition politique interne de plus en plus assumée.
Vers une cohabitation sous tension au sommet de l’État
De son côté, Ousmane Sonko continue d’incarner une ligne politique structurée autour de la fidélité au projet initial de Pastef et de son ancrage militant. Ses déclarations récentes traduisent une volonté de maintenir son influence dans l’architecture du pouvoir, tout en laissant planer l’idée d’une légitimité politique propre en cas de recomposition future.
Dans ce climat, certains analystes estiment que la relation entre les deux hommes pourrait entrer dans une phase de clarification progressive, notamment à l’approche des échéances locales de 2027, souvent perçues comme un premier test électoral intermédiaire avant la présidentielle de 2029.
Un équilibre institutionnel encore en construction
Le meeting de Mbour apparaît ainsi moins comme une simple démonstration de force que comme un révélateur des lignes de tension internes au pouvoir sénégalais. Entre consolidation de la base politique, affirmation présidentielle et ambitions concurrentes, l’exécutif semble engagé dans une phase de redéfinition de ses équilibres internes.
À mesure que les échéances électorales se rapprochent, la question centrale demeure celle de la stabilité de la coalition au pouvoir et de la capacité des deux principales figures de l’exécutif à maintenir une coexistence politique durable dans un espace institutionnel partagé.
La Rédaction

