À Sanfatoute, Samnaba ou Mandouri, prévenir la fragilisation des communautés passe désormais aussi par un téléphone portable. Dans une région des Savanes confrontée depuis plusieurs années à une pression sécuritaire, 240 femmes et jeunes apprennent à promouvoir leurs produits en ligne, utiliser les services financiers numériques et chercher des clients au-delà de leurs marchés habituels. Derrière cette formation se dessine une conception plus large de la résilience : protéger une communauté, c’est aussi renforcer sa capacité à produire, vendre et conserver des perspectives économiques.
Les sessions ont commencé le lundi 21 septembre et doivent se poursuivre jusqu’au 8 octobre dans sept cantons : Sanfatoute, Samnaba, Gnoaga, Pogno, Papri, Tambigou et Mandouri. Elles ciblent des groupements actifs dans quatre filières directement liées à l’économie locale, le maïs, le riz, les petits ruminants et la volaille.
L’initiative relève de la deuxième phase du projet régional consacré à la résilience des communautés et à la prévention de l’extrémisme violent dans le Corridor Atlantique. Financé notamment par le Danemark et la Norvège, le programme concerne le Togo, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Ghana.
Le débouché, autre fragilité du producteur
Pour un petit producteur, augmenter les récoltes ou le cheptel ne suffit pas lorsque les possibilités de vente restent étroites. Une partie de la vulnérabilité économique se situe précisément entre la production et le marché : trouver des acheteurs, connaître les prix, rendre un produit visible, recevoir un paiement ou accéder à des services financiers.
C’est ce verrou que les formations cherchent à desserrer. L’apprentissage du commerce en ligne peut paraître éloigné des préoccupations sécuritaires des Savanes. Il répond pourtant à une question très concrète : comment élargir les débouchés d’activités dont dépendent les revenus de nombreux ménages, notamment ceux portés par les femmes et les jeunes ?
Le numérique n’efface évidemment ni les difficultés logistiques ni les problèmes de connectivité, de conditionnement ou de financement. Il peut en revanche réduire l’isolement commercial en mettant producteurs, clients et services financiers en relation au-delà du marché physique le plus proche.
La prévention ne se résume pas à l’économie
Présenter l’emploi ou le revenu comme un remède automatique à l’extrémisme serait toutefois réducteur. Les trajectoires de radicalisation sont multiples et peuvent mêler insécurité, sentiment d’exclusion, conflits locaux, défiance envers les institutions ou instrumentalisation des frustrations.
C’est pourquoi le projet Corridor Atlantique intervient sur plusieurs dimensions simultanément. Le PNUD associe aux moyens de subsistance des mécanismes d’alerte précoce, le dialogue communautaire, la cohésion sociale et le renforcement des capacités locales. À l’échelle des pays concernés, sa première phase a notamment soutenu la résilience socio-économique de plus de 1 500 jeunes et femmes ainsi que 38 mécanismes d’alerte et de réponse rapides.
Dans les Savanes, cette approche est déjà visible. En 2025, 282 organisations ont été formées sur les questions de cohésion et d’extrémisme violent, tandis que près de 48 000 déplacés internes et réfugiés ont bénéficié d’un appui dans les zones vulnérables. En avril 2026, plus de 2 500 femmes regroupées dans 46 coopératives avaient également reçu des équipements agricoles et de transformation.
Faire de l’activité économique un point d’ancrage
Les nouvelles formations ajoutent donc un étage à cette stratégie. Après soutenir la production, il s’agit davantage de connecter cette production à des débouchés et de permettre aux bénéficiaires de mieux maîtriser leurs transactions.
Le véritable indicateur viendra après les formations : savoir si une productrice de riz trouve effectivement de nouveaux clients, si un éleveur vend dans de meilleures conditions ou si un groupement augmente durablement ses revenus. C’est à cette échelle que le numérique cessera d’être une compétence supplémentaire pour devenir un outil économique.
Dans les Savanes, la résilience ne se mesure ainsi plus uniquement à la capacité d’une communauté à résister à une menace. Elle se construit aussi dans sa possibilité de continuer à produire, échanger et se projeter malgré elle. La sécurité protège l’activité économique ; mais dans un territoire sous pression, une économie locale qui conserve des débouchés contribue elle aussi à maintenir le tissu social.
La Rédaction

