Face à la résurgence régionale du virus, le pays active son dispositif de riposte
Alors que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest signalent une recrudescence de cas de fièvre Lassa, le Togo renforce ses mesures préventives pour éviter une propagation du virus sur son territoire. Endémique dans la sous-région, notamment au Nigeria, au Bénin et au Ghana, cette maladie virale, dont le taux de létalité peut atteindre 15 % en l’absence de traitement rapide, constitue un défi majeur pour les systèmes de santé publics. Les autorités togolaises, conscientes des risques liés aux mouvements transfrontaliers et à la densité des échanges commerciaux, ont déclenché un plan d’urgence multisectoriel.
Un dispositif proactif face à un ennemi invisible
Sous l’égide du Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, un système de surveillance épidémiologique renforcé a été mis en place. Ce système cible trois axes stratégiques :
1. Détection précoce : Contrôle accru dans les centres de santé, formation du personnel médical aux symptômes atypiques (fièvre persistante, saignements muqueux), et déploiement de tests diagnostics rapides dans les régions frontalières.
2. Préparation des structures sanitaires : Isolation des cas suspects dans des unités dédiées, stockage préventif de ribavirine (antiviral utilisé en traitement), et audit des équipements de protection individuelle.
3. Sensibilisation communautaire : Campagnes d’information en langues locales via des réseaux de relais traditionnels et numériques, visant notamment les zones rurales où les pratiques agricoles augmentent le contact avec les rongeurs.
Comprendre la menace : transmission, symptômes et enjeux
La fièvre Lassa, identifiée pour la première fois en 1969 au Nigeria, se transmet principalement par l’excrétion du Mastomys natalensis, un rongeur prolifique en Afrique subsaharienne. Les contaminations interhumaines surviennent souvent en milieu familial ou hospitalier, par les fluides corporels, ce qui exige une rigueur extrême dans les protocoles sanitaires.
Si 80 % des infections sont asymptomatiques ou bénignes, les formes graves peuvent provoquer des défaillances multiviscérales (hépatiques, pulmonaires) et des hémorragies systémiques. Un diagnostic dans les six premiers jours est crucial pour réduire la mortalité, ce qui justifie l’accent mis par le Togo sur la mobilisation citoyenne.
Mesures préventives : entre hygiène individuelle et gestion collective
Au-delà des recommandations classiques (lavage des mains, conservation hermétique des aliments), les autorités insistent sur :
• La dératisation proactive dans les zones de stockage agricole, avec distribution de pièges sécurisés aux coopératives.
• L’encadrement des rites funéraires par des équipes formées, afin d’éviter les contaminations post-mortem fréquentes lors des lavages corporels traditionnels.
• Un numéro vert national pour signaler les cas suspects ou les infestations de rongeurs, couplé à une application de suivi en temps réel.
Défis structurels et coopération régionale
Bien que le Togo n’ait enregistré que des cas sporadiques ces dernières années (3 cas confirmés en 2023), sa vulnérabilité persiste en raison de la porosité des frontières et de la méconnaissance du virus dans certaines communautés. Pour y faire face, le pays s’appuie sur l’expertise de l’OMS et de l’Africa CDC, tout en plaidant pour un fonds régional de riposte au sein de la CEDEAO.
« La lutte contre Lassa exige une approche One Health, intégrant santé animale, environnementale et humaine », souligne le Dr Kouméabalo, responsable des maladies infectieuses au CHU Sylvanus-Olympio. « Nous travaillons avec des entomologistes pour cartographier les zones à risque et anticiper les pics saisonniers, généralement liés aux cycles agricoles. »
Perspectives : vers une résilience à long terme
Au-delà de l’urgence, le Togo envisage d’intégrer la lutte contre Lassa dans son Plan National de Développement Sanitaire 2025-2030, avec un volet consacré au renforcement des laboratoires régionaux et à la recherche sur les vaccins expérimentaux (comme le candidat MV-LASV).
Cette crise souligne également la nécessité d’investir dans des infrastructures rurales (accès à l’eau potable, stockage sécurisé des récoltes) pour réduire les interactions humains-rongeurs. Un enjeu de santé publique, mais aussi de sécurité alimentaire et de justice sociale.
La vigilance collective reste l’arme la plus efficace contre Lassa. Chaque citoyen, en adoptant des gestes barrières et en relayant l’information, devient un acteur clé de cette chaîne de prévention.
La Rédaction

