Après des années d’isolement, l’Arabie saoudite revient sur le devant de la scène diplomatique avec une ambition affichée : devenir un acteur incontournable des grandes négociations internationales. De Gaza à l’Ukraine, de la Syrie au Soudan, Riyad manœuvre habilement entre Washington, Moscou et Téhéran, imposant le prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS) comme un médiateur clé. Mais derrière cette stratégie de normalisation et d’influence, quels sont les véritables enjeux pour le royaume ?
Un retour orchestré après une décennie trouble
Longtemps perçu comme un paria sur la scène internationale, notamment après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018, MBS a su opérer un tournant stratégique. Critiqué pour ses violations des droits humains et sa politique agressive au Yémen, le prince héritier a progressivement redéfini son image.
Sa diplomatie active repose sur plusieurs piliers : médiation et influence en multipliant les canaux de communication avec les belligérants des conflits majeurs comme l’Ukraine, Gaza, le Soudan ou la Syrie ; équilibre entre grandes puissances avec un soutien à la diplomatie américaine tout en ménageant la Russie et en apaisant les tensions avec l’Iran ; soft power renforcé par le sport et la culture, avec l’accueil de la Coupe du monde 2034 et le développement de mégaprojets sous l’égide du plan « Vision 2030 ».
Riyad, un acteur omniprésent mais contesté
Si l’Arabie saoudite affiche une volonté de stabilisation régionale, son rôle reste ambigu dans certains conflits. En Ukraine, elle facilite le dialogue entre Washington et Moscou, mais sans résultats concrets. Dans le dossier palestinien, Riyad se pose en soutien des Palestiniens tout en restant un allié stratégique des États-Unis.
Son influence est également limitée par ses propres contradictions. En Syrie, malgré des discussions avec le régime en place, les violences persistent. Au Soudan, Riyad soutient l’un des camps en conflit, ce qui réduit sa crédibilité en tant que médiateur. À Gaza, le rejet des propositions américaines ne s’accompagne pas d’une alternative claire pour l’avenir de l’enclave.
Une stratégie à double tranchant
Si MBS joue la carte de la diplomatie proactive, c’est aussi pour renforcer son pouvoir en interne. Son projet hypernationaliste, axé sur le développement économique et la diversification des revenus, repose sur une stabilité régionale qu’il tente de garantir par ses initiatives diplomatiques.
Toutefois, la réussite de cette stratégie reste incertaine. Riyad peut-il durablement s’imposer comme un arbitre fiable dans les crises mondiales ? Son activisme diplomatique est-il un simple moyen de redorer son image ou une transformation profonde de son rôle international ? Alors que le Moyen-Orient demeure en pleine tourmente, la réponse à ces questions déterminera l’avenir de la puissance saoudienne sur la scène mondiale.
La Rédaction

