Une diplomatie en trois temps
À Washington, ce 25 avril, les regards étaient tournés vers la poignée de main entre Thérèse Kayikwamba Wagner et Olivier Nduhungirehe, ministres des Affaires étrangères de la RDC et du Rwanda. En les accueillant, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a ouvert un nouveau chapitre, certes symbolique, mais potentiellement structurant dans le lent processus de désescalade dans l’est de la République démocratique du Congo. À l’issue de cette rencontre, les deux diplomaties ont signé une « déclaration de principes ». Si son contenu reste confidentiel, cette étape marque la volonté d’un engagement politique renouvelé pour tenter de sortir du cycle des violences.
Doha, le déclencheur discret
Ce mouvement diplomatique s’inscrit dans la foulée d’un accord conjoint inattendu publié le 23 avril entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23. Cette déclaration, première du genre, affirme une volonté partagée de « cessation immédiate des hostilités ». Elle est le fruit de discussions engagées depuis un mois à Doha, sous médiation qatarie. Le Qatar, en quête d’un rôle accru dans les affaires africaines, a su réunir à plusieurs reprises les protagonistes dans un cadre confidentiel. C’est aussi à Doha, le 18 mars, que l’émir Tamim Ben Hamad Al Thani avait réuni Félix Tshisekedi et Paul Kagame pour un face-à-face inédit.
Le ministère qatari des Affaires étrangères s’est félicité du climat « constructif » des échanges entre la RDC et le M23, appelant les deux parties à « poursuivre le dialogue dans l’intérêt du peuple congolais ».
L’entrée remarquée du Togo
Moins médiatisée, l’initiative togolaise gagne pourtant du terrain. Début avril, l’Union africaine a officiellement confié au président Faure Gnassingbé le rôle de médiateur dans la crise entre Kinshasa et Kigali, après le retrait du président angolais João Lourenço. Depuis, Lomé a multiplié les démarches. Le 24 avril, le président togolais a reçu à Lomé Huang Xia, l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la région des Grands Lacs. Lors de cette rencontre, les Nations unies ont salué le rôle du Togo et exprimé leur appui à ses efforts de médiation, y compris par un accompagnement technique et diplomatique renforcé.
Le Togo s’impose ainsi comme un acteur discret mais désormais incontournable dans les efforts de stabilisation régionale, misant sur une diplomatie de confiance, appuyée par les grandes institutions internationales.
Un texte pour engager, pas pour régler
La « déclaration de principes » signée à Washington n’est pas un accord de paix en bonne et due forme, mais elle trace des lignes directrices pour des négociations futures. Elle marque un engagement politique commun à éviter l’escalade militaire et à poursuivre le dialogue, tant bilatéral qu’avec les groupes rebelles impliqués. Mais sur le terrain, les populations déplacées et les civils pris entre deux feux attendent bien plus qu’un texte : ils espèrent la fin effective des combats.
Entre Doha, Washington et Lomé, une triangulation diplomatique inédite se met en place pour tenter d’éteindre un conflit aux racines anciennes. Pour la première fois depuis des mois, des gestes concrets sont posés. Mais le plus dur reste à faire : traduire ces engagements politiques en actes tangibles. C’est désormais à l’Est de la RDC que se joue la suite.
La Rédaction

