Des forêts primaires menacées par la fièvre des hydrocarbures
La République démocratique du Congo (RDC) vient de franchir un cap controversé en ouvrant à l’exploitation pétrolière 52 blocs répartis sur plus de la moitié de son territoire. Cette décision marque un revirement inattendu dans un pays qui, jusqu’ici, se présentait comme un acteur clé de la lutte contre le changement climatique et de la préservation des forêts tropicales.
Parmi les zones mises aux enchères, certaines couvrent des habitats vitaux pour des espèces emblématiques et en danger critique, notamment les bonobos et les gorilles de Grauer. Ces derniers, endémiques à la région, ne survivent que dans des écosystèmes intacts, aujourd’hui directement menacés.
Une biodiversité unique prise en étau
D’après un rapport publié par Earth Insight, 64 % des 124 millions d’hectares concernés par ce programme pétrolier sont constitués de forêts tropicales vierges. Ces écosystèmes abritent l’une des plus grandes concentrations de biodiversité au monde. Y vivent, en plus des gorilles, des okapis, des éléphants de forêt, des léopards, ainsi qu’une multitude d’espèces végétales encore non répertoriées.
La RDC, souvent qualifiée de « deuxième poumon vert de la planète » après l’Amazonie, possède une richesse écologique sans équivalent. Mais cette richesse devient une cible, dans un contexte où les ressources naturelles sont perçues comme une solution rapide aux défis budgétaires.
Promesses environnementales oubliées
En 2022, lors de la COP27, Kinshasa s’était engagée à préserver ses forêts et à freiner la déforestation. Ces nouvelles concessions pétrolières remettent en cause ces engagements, soulevant une onde de choc parmi les acteurs de la conservation et les bailleurs internationaux.
« Ouvrir des blocs pétroliers dans des aires aussi sensibles revient à trahir non seulement les espèces qui y vivent, mais aussi les engagements climatiques internationaux de la RDC », déplore un représentant d’une ONG environnementale congolaise.
Un dilemme entre survie économique et écologie
Le gouvernement congolais justifie sa décision par des impératifs de développement économique. Dans un pays où une grande partie de la population vit sous le seuil de pauvreté, les recettes issues du pétrole sont perçues comme une opportunité de financer les infrastructures, la santé ou l’éducation.
Mais les spécialistes alertent : les bénéfices de l’or noir risquent d’être de courte durée face aux conséquences irréversibles sur les forêts, les peuples autochtones et le climat global.
Vers une alerte mondiale ?
Alors que la communauté internationale appelle à la fin des investissements fossiles, la stratégie de la RDC soulève un paradoxe douloureux : peut-on réellement demander à un pays en développement de renoncer à ses ressources sans compensation équitable ? Et jusqu’où ira la course aux hydrocarbures si même les derniers refuges des gorilles ne sont plus sanctuarisés ?
La Rédaction

