Le village de Mandakao, dans le sud-ouest du Tchad, a été le théâtre d’un carnage d’une brutalité rare. Quarante-deux morts, essentiellement issus de la communauté peule, tués à la machette ou brûlés vifs. Ce drame n’est pas un fait divers. Il est le symptôme d’un mal plus profond : l’explosion de tensions intercommunautaires ignorées, la faillite d’un État absent, et l’amnésie d’une République incapable de faire justice.
Un massacre annoncé, une République absente
Selon l’association Tabital Pulaaku Tchad, les assaillants étaient issus d’une autre communauté installée dans le même village. Femmes, enfants, vieillards ont été méthodiquement tués. Le village a été brûlé, le bétail volé. Puis le silence. Aucun responsable arrêté. Aucune autorité déplacée. Aucun mot officiel.
La mission de paix conduite par Tabital Pulaaku a tenté d’apporter du réconfort aux survivants. Mais à Mandakao, il n’y a plus rien à réconcilier : les coupables ont fui, les vivants aussi. Ce n’est pas seulement un massacre : c’est une disparition.
Des conflits ethniques étouffés sous la poussière
Le drame de Mandakao révèle une vérité étouffée : les conflits intercommunautaires tuent aujourd’hui davantage que les guerres frontalières ou les attaques jihadistes. Depuis plusieurs années, les affrontements entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires empoisonnent le Tchad rural. Mais ces violences restent classées comme “incidents communautaires”, comme si elles ne relevaient pas de la politique nationale.
Plus de 300 morts depuis janvier 2024 dans des conflits similaires. Combien faudra-t-il de villages détruits avant que le problème ne soit reconnu comme central ?
La justice a déserté le Tchad rural
Le silence des autorités n’est pas neutre : il est complice. À Mandakao, aucune enquête n’a été ouverte. Aucun message officiel n’a reconnu les faits. Comme si ces morts ne comptaient pas. Comme si certaines victimes ne méritaient même pas une ligne dans un communiqué.
L’impunité fabrique la vengeance. Elle alimente les rancunes. Chaque silence de l’État est une promesse de représailles futures.
Mandakao, mémoire interdite
Le plus dangereux, ce n’est pas seulement l’absence de justice. C’est l’absence de mémoire. Ce massacre aurait pu devenir un moment de sursaut national. Il est devenu un trou noir. Une absence dans l’histoire officielle.
Or, un pays qui n’enterre pas dignement ses morts finit par s’enterrer lui-même. Il est urgent de documenter, de nommer, de reconnaître. Non pour nourrir la haine, mais pour empêcher qu’elle s’institutionnalise.
Mandakao n’est pas un village perdu. C’est un miroir. Celui d’un Tchad fracturé, où l’appartenance ethnique détermine trop souvent la valeur d’une vie. Là où l’État ne protège pas, la machette gouverne. Là où la justice ne répond pas, la peur s’installe. Le silence autour de Mandakao n’est pas un oubli accidentel : c’est un abandon programmé. Et dans cet abandon, c’est la République elle-même qui se délite.
La Rédaction

