Dans l’est de la République démocratique du Congo, la guerre se joue aussi sur les circuits commerciaux. À travers le marché de la bière, une enquête révèle comment l’AFC/M23 transforme son contrôle territorial en recettes financières, tout en modifiant les rapports de concurrence entre les entreprises congolaises et celles des pays voisins.
À Goma et Bukavu, le commerce de la bière illustre une autre dimension du conflit dans l’est de la RDC. Au-delà des affrontements militaires et de l’exploitation des ressources minières, l’AFC/M23 tire également des revenus des marchandises qui circulent dans les territoires sous son autorité.
Selon une enquête attribuée à l’Institut danois d’études internationales (DIIS), la taxation des importations de bière à Bukavu aurait rapporté au moins trois millions de dollars au mouvement rebelle. Cette estimation, qui reste à consolider, montre l’importance économique d’un produit de consommation courante.
La bière, une source de recettes pour la rébellion
Depuis la prise de Goma et de Bukavu en 2025, le marché brassicole régional a profondément changé. Les perturbations des activités de la Bralima, notamment après les pillages et les interruptions de production, ont désorganisé les circuits traditionnels d’approvisionnement.
Les bières importées du Rwanda ont gagné du terrain. Selon l’enquête, les conditions commerciales dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 favoriseraient les brasseries rwandaises au détriment de certains concurrents burundais.
La taxation des importations constitue parallèlement une source de financement pour l’administration mise en place par la rébellion.
Une économie quotidienne placée sous contrôle
Le phénomène dépasse les boissons. Des enquêtes sur le fonctionnement économique des territoires occupés décrivent des prélèvements sur les marchandises, les transports et les activités commerciales.
Ces recettes permettent au mouvement de financer ses structures et de consolider son administration territoriale. Pour les entreprises et les commerçants, elles peuvent aussi représenter des charges supplémentaires dans une économie déjà fragilisée par la guerre.
Le contrôle des marchés, un enjeu politique
Cette organisation économique révèle les conséquences durables de l’occupation. En intervenant dans la circulation des produits, la fiscalité et les conditions d’accès aux marchés, l’AFC/M23 exerce des prérogatives normalement réservées à l’État.
La bière devient ainsi le révélateur d’une transformation plus profonde : dans l’est congolais, la maîtrise des échanges commerciaux participe désormais au rapport de force politique et militaire.
La Rédaction

