La rencontre entre le chef de la MONUSCO, James Swan, et les dirigeants du Front pour la refondation de la nation (FRN) révèle un paradoxe de la crise congolaise. Alors que les Nations unies cherchent à préserver les mécanismes de surveillance du cessez-le-feu, la coalition rebelle dirigée par Joseph Kabila conteste ouvertement le maintien de leur mission dans le pays.
À Goma, les Nations unies doivent désormais composer avec une nouvelle configuration politique et militaire. Mardi 3 novembre, James Swan, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en République démocratique du Congo, a rencontré Joseph Kabila et les responsables du Front pour la refondation de la nation (FRN), mouvement qui a succédé en octobre à l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23).
Cette rencontre, organisée dans une ville contrôlée par la rébellion depuis janvier 2025, intervient à quelques semaines d’une décision importante du Conseil de sécurité sur l’avenir de la MONUSCO. Elle illustre les difficultés auxquelles se heurte la diplomatie internationale pour maintenir un dispositif de stabilisation accepté par les parties au conflit.
Une mission dont la présence est contestée
À l’issue des échanges, Bertrand Bisimwa, vice-président du FRN, a exprimé une opposition ferme au renouvellement du mandat de la mission onusienne, dont il qualifie le bilan d’« échec total ».
Le mouvement estime que les Nations unies devraient poursuivre le retrait progressif de leurs forces plutôt que renforcer leur présence militaire. Il conteste particulièrement la perspective d’un redéploiement des Casques bleus au Sud-Kivu.
La MONUSCO défend une approche différente. Ses consultations avec les groupes armés visent à faciliter la protection des populations civiles, l’accès humanitaire et le fonctionnement des mécanismes chargés de vérifier les violations du cessez-le-feu. Ces contacts opérationnels ne constituent pas une reconnaissance politique du FRN.
Le processus de Doha au centre des discussions
Les responsables du FRN affirment rester engagés dans les négociations de paix conduites sous médiation qatarienne. Selon Bertrand Bisimwa, la nouvelle coalition entend reprendre les engagements précédemment souscrits par l’AFC/M23.
Le mouvement a également fait part de ses inquiétudes concernant une éventuelle révision de la Constitution congolaise, qu’il considère comme susceptible de compromettre les accords négociés à Doha. Cette appréciation relève de la position du FRN et ne constitue pas un constat établi par les médiateurs.
La situation demeure particulièrement complexe pour les Nations unies. Joseph Kabila, ancien président de la République, a été condamné à mort par contumace en septembre 2025 par la justice militaire congolaise, notamment pour trahison et crimes de guerre.
Un mandat décisif à renouveler
Le mandat actuel de la MONUSCO expire le 20 décembre 2026. Son éventuelle prolongation intervient dans un contexte où les initiatives diplomatiques n’ont pas encore permis de mettre fin aux affrontements dans l’est du Congo.
L’enjeu dépasse le maintien des effectifs internationaux. Il concerne aussi la capacité des Nations unies à surveiller les engagements militaires et à soutenir les opérations humanitaires dans des territoires où l’autorité de Kinshasa demeure contestée.
La rencontre de Goma souligne ainsi une contradiction persistante : les acteurs armés avec lesquels la MONUSCO doit dialoguer pour remplir son mandat peuvent également chercher à réduire sa présence. Une difficulté qui pèsera sur les discussions concernant l’avenir de la mission.
La Rédaction

