En 2016, Leo Brent Bozell III n’avait pas de mots assez durs pour décrire Donald Trump. Il le qualifiait de « charlatan », « imposteur », et lâchait sur Fox News cette phrase désormais célèbre : « Que Dieu vienne en aide à ce pays si cet homme était président. » Pourtant, neuf ans plus tard, cet ancien critique féroce du locataire de la Maison-Blanche vient d’être nommé ambassadeur des États-Unis en Afrique du Sud. Une nomination qui en dit long sur l’évolution des relations entre Trump et les figures de la droite conservatrice américaine.
Un détracteur devenu fidèle soldat
Fondateur du Media Research Center (MRC), une organisation dédiée à traquer les « biais de gauche » dans les médias américains, Bozell III s’est longtemps positionné en gardien de la pureté conservatrice. Lors des primaires républicaines de 2016, il voyait en Trump une caricature du politicien opportuniste, prêt à tout pour s’attirer les faveurs des électeurs sans véritable socle idéologique.
Mais après la victoire de Trump, Bozell a opéré un virage stratégique. Il a cessé ses attaques contre l’homme qu’il dénonçait et a concentré ses efforts sur une cible plus classique : les grands médias américains, qu’il accuse de diaboliser la présidence républicaine. Ce changement de cap lui a permis de se rapprocher du cercle trumpiste, au point de devenir aujourd’hui son représentant diplomatique dans un pays où les relations avec Washington sont au plus bas.
Une nomination sous tension
L’Afrique du Sud et les États-Unis traversent une crise diplomatique majeure. L’administration Trump a récemment expulsé l’ambassadeur sud-africain, Ebrahim Rasool, l’accusant d’hostilité envers l’Amérique et suspendant une partie de l’aide financière, notamment dans la lutte contre le VIH/SIDA. Par ailleurs, l’AGOA, programme de libre-échange bénéfique à l’Afrique du Sud, est désormais menacé.
Cette tension découle d’un désaccord profond sur plusieurs sujets internationaux :
• Le soutien de Pretoria à la Palestine, qui a conduit l’Afrique du Sud à porter plainte contre Israël devant la Cour internationale de justice pour génocide.
• Ses relations avec la Russie et la Chine, perçues comme une trahison par Washington.
• Son projet de réforme agraire, vu comme une menace pour les intérêts économiques américains.
Dans ce contexte, l’arrivée de Bozell ne promet pas d’apaiser les choses. En 1989, alors que l’apartheid touchait à sa fin, son organisation décrivait encore l’ANC comme un groupe « pro-communiste et terroriste ». Un passif qui risque de lui compliquer la tâche auprès du parti au pouvoir.
Un ambassadeur en porte-à-faux
Si la nomination de Bozell est confirmée par le Sénat, il pourrait bien être persona non grata dans certains cercles sud-africains. Son prédécesseur, Reuben Brigety, avait vu ses invitations aux événements de l’ANC se tarir après avoir accusé l’Afrique du Sud d’avoir secrètement livré des armes à la Russie – des allégations qui avaient provoqué une chute brutale de la monnaie nationale.
Bozell arrivera donc dans un climat de défiance généralisée. De plus, son propre fils, Leo Brent Bozell IV, a été condamné à 45 mois de prison pour sa participation à l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, avant d’être gracié par Trump dès son retour à la Maison-Blanche. Un passé qui pourrait alimenter la méfiance à son égard en Afrique du Sud, où l’on observe avec inquiétude la montée des mouvements ultraconservateurs aux États-Unis.
Bozell, un symbole du tournant trumpiste
Au-delà de la seule diplomatie, cette nomination illustre la transformation du paysage conservateur américain. En 2016, Bozell incarnait une droite puriste, attachée à certains principes idéologiques. En 2025, il est devenu l’un des nombreux anciens critiques de Trump qui ont fini par se rallier à lui, privilégiant le pragmatisme politique sur la fidélité aux idées d’origine.
Si sa mission en Afrique du Sud s’annonce délicate, une chose est sûre : il est bien loin le temps où Bozell implorait Dieu pour éviter une présidence Trump. Aujourd’hui, il en est l’un des instruments.
La Rédaction

