Le paysage politique ivoirien s’anime à l’approche de la présidentielle du 25 octobre 2025. Alors que l’inéligibilité persistante de Laurent Gbagbo continue d’entraver les ambitions du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), le vice-président du parti, Ahoua Don Mello, a surpris tout son camp en annonçant publiquement son intention de se porter candidat.
Une initiative solitaire ?
L’annonce, relayée par Jeune Afrique, a eu l’effet d’un coup de tonnerre au sein du PPA-CI. Dans une formation politique restée jusqu’ici disciplinée autour de la figure tutélaire de Laurent Gbagbo, cette sortie non concertée est perçue comme une prise d’indépendance qui interroge. Car malgré le soutien officiel au fondateur du parti, chacun sait que son inéligibilité – conséquence de sa condamnation dans l’affaire du « casse de la BCEAO » – place le PPA-CI dans une impasse juridique.
Dans un mémo daté du 11 juillet et ayant fuité sur les réseaux sociaux, Ahoua Don Mello appelait déjà à une stratégie de contournement : désigner deux ou trois candidats « de rechange » pour maximiser les chances de validation électorale d’au moins l’un d’entre eux. Une proposition audacieuse mais dérangeante pour les gardiens de la ligne Gbagbo.
Une candidature qui divise
L’ancien ministre des Infrastructures ne fait désormais plus mystère de ses ambitions. Dans une déclaration à Jeune Afrique, il affirme avoir « mûrement réfléchi » et annonce clairement qu’il déposera sa candidature. Un geste qui, au sein du parti, passe mal : « Ahoua Don Mello se la joue solo », grince un cadre du PPA-CI, visiblement irrité par la méthode.
Cette déclaration unilatérale augure de tensions internes à venir. Car si certains pourraient y voir une forme de pragmatisme politique, d’autres y lisent une tentative de prise de pouvoir déguisée, dans un contexte de flou stratégique autour de la succession politique de Gbagbo.
Le PPA-CI face à ses contradictions
La posture d’Ahoua Don Mello met en lumière les contradictions internes d’un parti construit autour d’un leader dont le destin judiciaire obstrue l’horizon. Faut-il maintenir la fiction d’une candidature Gbagbo, au risque de l’exclusion électorale ? Ou bien, comme le propose Don Mello, amorcer une transition politique assumée, même si elle passe par une rupture de fait avec la ligne historique du parti ?
À moins de trois mois du scrutin, cette sortie solitaire révèle surtout que le PPA-CI peine à désigner un successeur naturel à Laurent Gbagbo. Le temps presse, et les divisions internes risquent de fragiliser encore davantage une opposition ivoirienne en mal de cap clair.
La Rédaction

