Depuis le 1er mai 2025, le Togo a procédé à un réajustement des tarifs de l’électricité. Derrière cette mesure, souvent impopulaire, se dessine une réforme jugée indispensable par le ministère des Mines et de l’Énergie. Loin d’un simple ajustement comptable, c’est toute une stratégie de transformation du secteur énergétique que porte cette décision, avec un souci affirmé de justice sociale impulsé par le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé.
Moderniser un secteur en tension
Le modèle actuel de tarification ne permet plus de couvrir les coûts réels de production, de transport et de distribution de l’électricité. Avec une demande croissante, des infrastructures vieillissantes et une dépendance partielle à des sources extérieures, le système montrait ses limites. Il fallait donc agir.
En 2024, le coût moyen de production d’un kilowattheure (kWh) d’électricité a atteint 145 F CFA, alors qu’il est revendu aux consommateurs à un tarif moyen inchangé de 102 F CFA depuis 2011. Ce déséquilibre chronique a généré des déficits persistants dans les comptes de la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET).
Une société fragilisée, soutenue à bout de bras par l’État
Pour garantir la continuité du service, l’État togolais a dû intervenir à plusieurs reprises. Entre 2020 et 2025, plus de 56 milliards de F CFA ont été mobilisés pour l’approvisionnement en combustible et le règlement partiel des dettes d’importation d’énergie. Malgré ces efforts, la situation restait précaire.
Dernier exemple en date : la mise en place, avec l’appui de l’État, d’une ligne de crédit de 40 milliards de F CFA obtenue auprès de la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD) pour permettre à la CEET de régler ses arriérés vis-à-vis de ses fournisseurs. Ce modèle n’est plus tenable à long terme. La réforme devient non seulement indispensable, mais urgente, pour assurer la survie financière de la CEET.
Une décision difficile mais socialement encadrée
Conscient des répercussions possibles d’un tel réajustement, le gouvernement a tenu à préserver les couches sociales les plus vulnérables. Le tarif social applicable aux petits abonnés (catégorie 1) reste inchangé à 59 F CFA/kWh. Cette mesure, selon le communiqué officiel, répond à la vision du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, soucieux d’éviter que la transition énergétique ne pénalise les plus modestes.
Un choix de souveraineté économique
Dans un contexte régional marqué par la hausse des coûts des matières premières et une pression sur les réseaux interconnectés, le Togo ne pouvait plus se permettre d’ignorer les signaux d’alerte. Cette réforme s’inscrit aussi dans une logique de souveraineté énergétique, avec l’ambition de développer des solutions locales, plus fiables et résilientes.
Réajuster les tarifs, c’est créer de la marge de manœuvre pour investir dans la production nationale, intégrer davantage de sources renouvelables, et améliorer la qualité du service. Le maintien du tarif social rappelle que cette transformation doit aussi être équitable.
Une réforme pour l’avenir
Ce réajustement n’est qu’une étape. Il s’inscrit dans un projet plus vaste de modernisation du secteur, pensé à long terme. Il permettra, selon les autorités, de garantir à terme un accès plus large, plus stable et plus équitable à l’électricité pour l’ensemble de la population.
Le pari est audacieux : accepter aujourd’hui un effort tarifaire pour éviter demain une panne structurelle. Mais en le menant sous la vigilance sociale du Président du Conseil, ce pari prend une dimension humaine, fondée sur un équilibre entre rigueur économique et solidarité nationale.
La Rédaction

