La relance du projet gazier Mozambique LNG par TotalEnergies en plein nord du Mozambique ravive un débat intense sur les risques sécuritaires, humains et climatiques, dans une région déstabilisée depuis des années par une insurrection violente.
Une manne gazière au cœur d’un contexte explosif
Dans la province de Cabo Delgado, le nord du Mozambique concentre d’immenses réserves de gaz naturel, attirant les convoitises des grandes majors énergétiques mondiales. Parmi elles, TotalEnergies, l’Italien ENI et l’Américain ExxonMobil ont investi des dizaines de milliards de dollars dans des projets d’exploitation gazière. Mais cette zone frontalière demeure le théâtre depuis 2017 d’une insurrection djihadiste qui y a fait des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de civils. Dans ce contexte, la reprise des opérations de Total soulève des inquiétudes profondes sur la sécurité des travailleurs, la stabilité régionale et le coût humain de l’exploitation pétrolière et gazière.
Entre croissance économique et vulnérabilité extrême
Le projet Mozambique LNG, dirigé par TotalEnergies avec une participation de 26,5 %, devrait entrer en production vers 2029. Il est présenté comme l’un des investissements privés les plus importants en infrastructures énergétiques en Afrique, avec un potentiel de croissance du PIB mozambicain jugé substantiel. La Banque africaine de développement avait estimé que ces ressources pourraient suffire à approvisionner plusieurs grandes économies européennes pendant des décennies. Pourtant, selon le World Risk Index, le Mozambique est parmi les pays les plus exposés au changement climatique, fragilisant encore plus l’environnement humain et économique autour de ces projets.
Insécurité persistante et enjeux humains
La région de Cabo Delgado a connu des violences récurrentes depuis 2017. L’un des épisodes les plus tragiques reste l’attaque de Palma en mars 2021, qui avait forcé l’arrêt du chantier principal et précipité le retrait temporaire de Total. Des enquêtes ont documenté des violences massives contre les populations civiles, avec des milliers de morts et des campagnes de terreur attribuées aux groupes armés affiliés à l’État islamique. Des témoignages ont également pointé des exactions commises par des forces chargées de la sécurité, complexifiant davantage le tableau humanitaire.
Les accusations contre TotalEnergies incluent des allégations d’inaction face à la menace djihadiste et un manque de protection adéquate pour les sous-traitants, ce qui a donné lieu à des plaintes judiciaires en France pour homicide involontaire. Le groupe réfute catégoriquement ces allégations, mais la controverse persiste dans l’opinion publique et juridique.
Une industrie gazière sous pression climatique
Au-delà des enjeux sécuritaires, l’exploitation du gaz mozambicain alimente les critiques des défenseurs du climat. Pour beaucoup d’ONG locales et internationales, parler de « ruée vers le gaz » dans un pays extrêmement vulnérable aux cyclones, inondations et sécheresses pose un paradoxe majeur : comment concilier extraction intensive d’hydrocarbures et besoins de résilience climatique ? Le débat s’intensifie alors que la communauté internationale multiplie les appels à réduire les émissions fossiles tout en soutenant des transitions énergétiques justes.
Des perspectives économiques lourdes de défis
Si la production effective des grands projets gaziers peut transformer profondément l’économie mozambicaine, les bénéfices dépendront de la gouvernance nationale, de la transparence des fonds souverains et de la capacité du pays à éviter les pièges de la « malédiction des ressources ». Des scandales de détournement de fonds publics dans le passé ont déjà entaché la confiance dans la gestion de ces richesses potentielles.
Parallèlement, la reprise ou l’accélération des projets par ENI et ExxonMobil conforte l’idée que le Mozambique pourrait devenir un des dix principaux producteurs mondiaux de gaz d’ici les années 2030-2040. Toutefois, aucune de ces perspectives n’est détachable de la condition sécuritaire dans la province de Cabo Delgado, où les opérations reposent largement sur la présence de forces militaires nationales et étrangères pour assurer la protection des installations et du personnel.
La Rédaction

