Les négociateurs du monde entier sont réunis pour tenter d’arracher un accord contraignant, dans une course contre le temps.
Genève, 6 août 2025. Les rideaux se lèvent ce mercredi sur ce que beaucoup considèrent comme la dernière chance de contenir la marée plastique qui envahit la planète. Dans les salles feutrées du Palais des Nations, diplomates, scientifiques, représentants d’ONG et délégués d’entreprises débattent, au pas de charge, d’un traité international contre la pollution plastique. Un enjeu environnemental mais aussi géopolitique, au cœur d’une crise mondiale.
L’Afrique, souvent présentée comme victime collatérale de la pollution générée ailleurs, entend cette fois faire entendre sa voix. Car si le continent est responsable de moins de 5 % de la production mondiale de plastique, il en paie un lourd tribut : rivières engorgées, sols asphyxiés, océans souillés. Plusieurs États, dont le Rwanda, le Sénégal ou le Bénin, font partie de la coalition des pays engagés pour un traité ambitieux, aux côtés du Pérou, de la Norvège et de l’Union européenne.
Une bataille sur les mots, une course contre l’influence
À Genève, la question n’est pas de savoir s’il faut agir, mais jusqu’où aller. D’un côté, les partisans d’un traité fort veulent limiter la production même de plastique, notamment les résines vierges issues du pétrole. De l’autre, des puissances comme les États-Unis, l’Arabie saoudite ou la Russie s’y opposent, préférant des engagements volontaires centrés sur le recyclage.
Derrière les discours, les intérêts de l’industrie pétrochimique pèsent lourd. De nombreuses ONG, dont Greenpeace, dénoncent une infiltration croissante des lobbys dans les négociations. « On ne peut pas régler une crise créée par le plastique en se contentant de mieux le gérer une fois jeté », alerte un expert africain de l’environnement sous couvert d’anonymat.
L’Afrique dans la négociation : de la périphérie à la proposition
L’Afrique n’assiste plus en silence. Le Rwanda et le Sénégal se positionnent en meneurs, en portant la proposition dite « 40×40 » : réduire de 40 % la production mondiale de plastique d’ici 2040. Une position saluée, notamment en Afrique de l’Ouest, où des villes comme Accra, Abidjan, Lomé ou Cotonou suffoquent littéralement sous les déchets plastiques.
Le cas du Togo : mobilisé sur plusieurs fronts
Au Togo, la pollution plastique est un sujet brûlant, notamment dans la capitale, Lomé, où plus de 350 tonnes de déchets plastiques sont générées chaque jour. Malgré l’interdiction des sachets non biodégradables en vigueur depuis 2011, les infrastructures restent limitées.
Mais la société civile togolaise ne reste pas inactive. L’ONG Les Amis de la Terre – Togo (ADT-Togo)mène un plaidoyer soutenu pour que le pays adopte une position ambitieuse à Genève, en insistant sur les droits des collecteurs de déchets et la nécessité d’un mécanisme de financement équitable pour les pays du Sud.
À Lomé, des figures comme Gado Bemah, fondateur de l’organisation STADD, transforment la crise en opportunité. Ce pionnier du recyclage local a mis en place des filières de collecte et de transformation de déchets plastiques en pavés, mobiliers ou objets utiles. Sa démarche, à la croisée de l’écologie et de l’entrepreneuriat social, est aujourd’hui saluée à l’international.
D’autres initiatives émergent, comme le programme Rôbatôlô, qui installe des poubelles connectées dans les écoles pour sensibiliser les élèves à la gestion durable des déchets, tout en générant des produits recyclés utiles à la communauté.
Un traité universel, ou une opportunité manque
Le sommet de Genève est censé accoucher d’un texte final, ou du moins en tracer les contours. Après l’échec de la session de Busan fin 2024, où les États s’étaient quittés sans compromis, les regards sont braqués sur cette dernière phase. L’objectif reste de conclure un accord global d’ici fin 2025, avec une entrée en vigueur envisagée dès 2027.
Mais le chemin est étroit. Si aucun consensus n’émerge, le monde pourrait se retrouver avec un traité édulcoré, sans mécanisme de contrôle, ni sanctions, ni objectifs contraignants.
Le cri de la société civile
Dans les rues de Genève, la mobilisation ne faiblit pas. Nettoyages symboliques des rives du Léman, expositions de déchets transformés en œuvres d’art, forums publics… la société civile tente de rappeler que l’urgence est bien réelle. Les populations du Sud, souvent oubliées des grandes décisions, subissent pourtant les effets les plus directs de cette pollution.
« Nous sommes les premiers touchés, mais les derniers écoutés », regrette une activiste togolaise venue en délégation. Pour elle, comme pour des millions d’autres, un échec à Genève serait vécu comme un abandon.
Une promesse à tenir
Le plastique est partout, dans l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, les aliments que nous consommons. La crise est globale. La réponse doit l’être aussi.
À Genève, la planète retient son souffle. Si les États parviennent à s’accorder, ce mercredi pourrait entrer dans l’histoire comme le jour où l’humanité a décidé de tourner la page de l’impunité plastique.
La Rédaction

