La finalisation imminente du traité des Nations Unies sur les plastiques représente une opportunité majeure de lutter contre la pollution plastique à l’échelle mondiale. En effet, alors que les déchets plastiques prolifèrent, menaçant la santé humaine, les écosystèmes et les moyens de subsistance, la production de plastique continue d’atteindre des sommets records. Face à cette crise, le comité intergouvernemental de négociation se réunit à Busan, en Corée du Sud, pour établir un accord juridiquement contraignant visant à réduire cette menace environnementale et sociale.
Une crise plastique alimentée par des inégalités structurelles
L’économie actuelle du plastique repose sur un modèle linéaire destructeur, fondé sur l’extraction de ressources naturelles, l’exploitation de la main-d’œuvre bon marché et un consumérisme effréné. Moins de 10 % des plastiques sont recyclés, et les conséquences touchent de manière disproportionnée les populations vulnérables et les pays les moins favorisés.
Le nouveau traité pourrait corriger plusieurs déséquilibres en s’attaquant à cinq enjeux majeurs d’équité :
- Garantir des conditions de travail décentes dans l’industrie plastique
Souvent oubliés dans les débats, les travailleurs de l’industrie plastique, et en particulier ceux engagés dans le recyclage, subissent des conditions difficiles : bas salaires, exposition à des substances toxiques, absence de protection sociale, et stigmatisation. Les récupérateurs de déchets plastiques, en majorité issus de l’économie informelle, sont particulièrement vulnérables.
Pour remédier à cette situation, une transition vers des emplois décents est essentielle. L’Organisation internationale du travail (OIT) prévoit d’ailleurs une réunion en 2025 pour élaborer des recommandations en faveur d’une meilleure intégration de ces travailleurs dans une économie circulaire équitable.
- Mettre fin au “colonialisme des déchets”
Les pays riches continuent d’exporter leurs déchets plastiques vers des nations moins développées, souvent mal équipées pour les traiter. Ce commerce, qualifié de “colonialisme des déchets”, aggrave la pollution locale, que ce soit par des déversements illégaux, des incinérations ou des contaminations environnementales.
Pour que ce commerce devienne acceptable, les populations locales et leur environnement doivent être priorisés. Des initiatives locales, notamment sociales, pourraient améliorer les conditions de travail et limiter les dégâts environnementaux.
- Passer à une économie circulaire réellement durable
L’actuel modèle linéaire doit être remplacé par une économie circulaire, minimisant la production et maximisant la réutilisation des matériaux. Cependant, se reposer uniquement sur le recyclage, souvent inefficace et polluant, ne suffira pas. Il est impératif de réduire la production de plastique et de concevoir des matériaux réutilisables et non toxiques, tout en renforçant la responsabilité élargie des producteurs pour financer la gestion des déchets.
- Renforcer l’application des règles et la responsabilité
Pour qu’un traité fonctionne, il doit inclure des mécanismes clairs de suivi et de sanction. Les mesures volontaires ont montré leurs limites, et les pays en développement nécessitent un soutien financier et technique pour appliquer des normes équitables. La transparence dans la chaîne de production et l’élimination des plastiques contenant des substances toxiques sont également cruciales.
- Mener un nettoyage équitable des déchets plastiques
Même avec une économie circulaire optimale, il reste des décennies de déchets plastiques à éliminer. Ce grand nettoyage doit inclure des mécanismes équitables, afin de ne pas imposer un fardeau supplémentaire aux pays les plus pauvres, qui subissent déjà de manière disproportionnée les impacts de la pollution plastique.
Pour une refonte globale de l’industrie plastique
Le défi est immense : il s’agit de transformer une industrie mondiale pour qu’elle devienne non seulement respectueuse de l’environnement, mais également juste sur le plan social. Réduire la production de plastique, garantir des conditions de travail dignes et adopter des modèles circulaires véritablement durables sont des étapes indispensables pour répondre à cette crise. Le traité sur les plastiques ne doit pas être un compromis, mais une avancée décisive pour une planète plus équitable.
La Rédaction

