L’image que l’on se fait souvent du Moyen Âge, celle d’une époque où l’hygiène n’existait pas, semble peu fondée à la lumière des connaissances actuelles. Contrairement à l’idée d’une population en totale négligence, nos ancêtres médiévaux entretenaient une hygiène bien plus soignée que ce que l’on pourrait croire. Mais qu’en était-il vraiment de leur propreté ?
Il est courant d’imaginer des hommes et femmes du Moyen Âge avec des mains sales, des cheveux gras, une haleine nauséabonde, et des vêtements répugnants. Cette vision a été largement influencée par des historiens comme Jules Michelet, qui affirmait que la religion médiévale interdisait la propreté, et que les premiers chrétiens se glorifiaient même de leur manque de toilette. Cependant, cette image est aujourd’hui perçue comme une vision déformée, déconnectée de la réalité historique.
L’historienne Danièle Alexandre Bidon rejette cette idée, expliquant que même si l’extérieur était souvent sale, l’intérieur des maisons, en particulier des classes supérieures, était relativement propre. Selon elle, la société médiévale, qui a produit d’innombrables chefs-d’œuvre, ne peut pas être décrite comme négligente. “Ils n’avaient pas le même idéal de propreté que nous, mais leur souci de l’hygiène était bien présent”, affirme-t-elle.
Le bain, un acte médical et spirituel
Au Moyen Âge, l’hygiène était une pratique courante, mais la façon dont elle était abordée différait des standards modernes. Se laver fréquemment les mains, se laver les pieds avant de dormir et se laver le visage au matin faisaient partie de la routine quotidienne, un aspect souvent mentionné dans les écrits médicaux de l’époque.
Les bains jouaient un rôle clé dans la société médiévale. Les médecins de l’époque croyaient que l’hygiène était essentielle pour maintenir un équilibre des “quatre humeurs” – chaud, froid, sec et humide – et pour prévenir certaines maladies. Un bain pouvait même être prescrit pour traiter des fièvres ou permettre à une femme qui vient d’accoucher de retrouver sa “pureté”. L’hygiène corporelle était ainsi liée à la notion de pureté spirituelle, et l’on croyait que la saleté physique était aussi une métaphore du péché.
Les classes sociales les plus riches pouvaient se faire apporter des baignoires dans leurs chambres, tandis que les plus modestes se lavaient dans des cuvettes en bois ou des cuviers à lessive. De nombreuses villes médiévales possédaient des établissements de bains publics où les habitants pouvaient se baigner, surtout lors des périodes de chaleur ou après des journées de travail ardues.
L’hygiène dentaire et l’entretien des cheveux
Les préjugés selon lesquels les médiévaux avaient des dents en mauvais état sont également infondés. Au contraire, des soins dentaires étaient courants et se basaient sur des techniques précises, comme l’utilisation de cure-dents ou des dentifrices faits maison. Les recettes pour la santé bucco-dentaire étaient nombreuses, et parmi elles, l’usage de poudre d’os de seiche broyée pour polir les dents. Les dents étaient perçues comme un reflet du statut social et de l’éducation, au point qu’elles faisaient partie intégrante de la présentation de soi, surtout en milieu urbain.
Quant aux cheveux, bien qu’ils soient souvent infestés de poux, des pratiques sociales comme l’épouillage mutuel étaient courantes, surtout entre hommes et femmes. L’épouillage n’était pas seulement une tâche d’entretien mais aussi un acte social, souvent accompagné de discussions.
Des vêtements propres, mais pas toujours
Les vêtements au Moyen Âge, surtout chez les classes populaires, étaient moins soignés que l’hygiène corporelle. Les riches pouvaient s’offrir des habits coûteux et les changer régulièrement, tandis que les pauvres gardaient leurs vêtements plusieurs jours voire semaines d’affilée. Pour maintenir une certaine propreté, ils avaient recours à des techniques de nettoyage, comme frotter les tissus avec des plantes ou les bouillir. Cependant, malgré ces efforts, les habits demeuraient souvent moins propres que la peau.
L’hygiène au XVIIe siècle : un recul significatif
Un changement notable survient au XVIIe siècle, où les pratiques d’hygiène, en particulier les bains, se voient reléguées à l’arrière-plan. La Renaissance et la peur des épidémies modifient les perceptions du corps et de l’hygiène. La crainte des infections conduira à l’abandon des bains publics au profit de pratiques de “toilette sèche”, avec des eaux parfumées et des tissus. Ce recul se poursuivra jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, lorsque la peur des microbes et une nouvelle conception de l’hygiène feront leur apparition.
Ainsi, loin de l’image d’une époque totalement insalubre, le Moyen Âge se révèle être une société qui, malgré des conditions de vie souvent difficiles, portait une attention particulière à l’hygiène corporelle, tout en ayant une conception du corps et de la propreté bien différente de celle que nous avons aujourd’hui.
La Rédaction

