Vanuatu vient de porter devant la Cour internationale de Justice un contentieux territorial vieux de plusieurs décennies avec la France. Au centre du différend, deux petites îles volcaniques inhabitées, Matthew et Hunter, administrées par la Nouvelle-Calédonie mais revendiquées par Port-Vila. Derrière ces quelques kilomètres carrés de terres émergées se joue surtout la souveraineté sur des espaces maritimes beaucoup plus vastes.
Le contentieux entre Vanuatu et la France change de terrain. Après l’échec de nouvelles négociations bilatérales, Port-Vila a déposé une requête devant la Cour internationale de Justice (CIJ) concernant la souveraineté sur les îles Umaenupne, appelée Matthew, et Umaeneg/Leka, connue sous le nom de Hunter.
Vanuatu demande également qu’une frontière maritime unique soit établie entre ses espaces maritimes et ceux relevant de la France au titre de la Nouvelle-Calédonie. Une démarche qui porte donc autant sur les deux îlots que sur les zones économiques exclusives et les plateaux continentaux qui les entourent.
Deux îles minuscules au cœur d’un vieux contentieux
Matthew et Hunter sont deux îles volcaniques inhabitées situées dans le Pacifique Sud, entre l’archipel de Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie. Leur superficie limitée contraste avec l’importance juridique et stratégique qu’elles ont acquise.
Le différend remonte à la période coloniale. La France considère avoir exercé sa souveraineté sur les îles depuis leur rattachement à ses possessions dans la région. Vanuatu soutient au contraire que ces terres possèdent des liens historiques et coutumiers avec ses populations et qu’elles auraient dû lui revenir lors de son indépendance en 1980.
Le contentieux s’est prolongé depuis sans déboucher sur un accord définitif. En juillet 2026, Vanuatu avait annoncé vouloir recourir aux voies juridiques internationales après l’échec d’un nouveau cycle de discussions. Selon les informations alors rapportées dans le Pacifique, la France avait notamment évoqué une formule de gestion conjointe, insuffisante aux yeux de Port-Vila qui continue de revendiquer la souveraineté.
Derrière les îles, la bataille des espaces maritimes
L’enjeu dépasse largement la possession de deux territoires sans population permanente. En droit de la mer, la souveraineté territoriale peut avoir des conséquences sur la délimitation des espaces maritimes environnants.
Zones économiques exclusives et plateaux continentaux ouvrent notamment des droits sur les ressources halieutiques et, sous certaines conditions, sur celles du sous-sol marin. Dans un Pacifique où les distances entre archipels sont immenses, quelques terres émergées peuvent ainsi se trouver au centre d’un différend portant sur des superficies maritimes considérables.
C’est précisément pourquoi la requête vanuataise associe les deux questions : Port-Vila demande à la fois que sa souveraineté sur Matthew et Hunter soit reconnue et qu’une frontière maritime soit ensuite établie avec les espaces français liés à la Nouvelle-Calédonie.
Pour la France, l’affaire touche parallèlement à sa présence stratégique dans le Pacifique. Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Wallis-et-Futuna contribuent à faire de la France une puissance maritime majeure dans cette région du monde. Le différend avec Vanuatu dépasse donc la simple propriété de deux îlots volcaniques.
La France détient pour l’instant la clé de la procédure
La saisine de la CIJ ne signifie cependant pas qu’un procès entre Vanuatu et la France vient automatiquement de commencer.
C’est même la principale particularité juridique du dossier. Vanuatu fonde sa démarche sur le paragraphe 5 de l’article 38 du Règlement de la Cour, utilisé lorsqu’un État souhaite saisir la CIJ alors que le consentement de l’autre État à sa compétence n’a pas encore été donné.
La requête est donc transmise à la France, mais aucune procédure contentieuse ne peut véritablement avancer tant que Paris n’accepte pas la compétence de la Cour pour cette affaire. Il ne suffit ainsi pas à Vanuatu de vouloir porter le différend devant les juges de La Haye : la France doit également consentir à ce qu’ils le tranchent.
Cette distinction est essentielle. Vanuatu a internationalisé juridiquement son différend, mais il ne peut pas, dans la configuration actuelle, contraindre unilatéralement la France à défendre son titre territorial devant la CIJ.
Un dossier qui dépasse Matthew et Hunter
La démarche de Port-Vila intervient dans un contexte où les États insulaires du Pacifique accordent une importance croissante à la maîtrise de leurs espaces océaniques. Pour ces pays constitués d’archipels dispersés, la mer représente à la fois une ressource économique, un espace de souveraineté et une composante fondamentale de leur identité.
Vanuatu présente d’ailleurs sa revendication comme une question héritée de la période coloniale. La France, de son côté, considère Matthew et Hunter comme relevant de la Nouvelle-Calédonie et a manifesté au fil des décennies sa souveraineté par différents actes administratifs et missions sur les îles.
Le prochain mouvement appartient désormais à Paris. Si la France refuse de reconnaître la compétence de la CIJ, la procédure engagée par Vanuatu ne pourra pas suivre son cours devant cette juridiction. Si elle l’accepte, un contentieux territorial vieux de plusieurs décennies pourrait pour la première fois être véritablement soumis aux juges internationaux.
Deux îlots inhabités se retrouveraient alors au centre d’une affaire beaucoup plus vaste : celle des héritages coloniaux, des frontières maritimes et de la redistribution des souverainetés dans un Pacifique devenu l’un des espaces géopolitiques les plus disputés du monde.
La Rédaction
Sources : Cour internationale de Justice, communiqué du 1er septembre 2026 ; Anadolu Agency, 17 juillet 2026 ; Pacific Islands News Association/Islands Business, juillet 2026 ; Lowy Institute, travaux consacrés au différend Matthew-Hunter. (aa.com.tr)

