Yoweri Museveni n’a pas dit son dernier mot. Président de l’Ouganda depuis 1986, l’homme fort de Kampala, aujourd’hui âgé de 80 ans, sera candidat à sa propre succession lors de l’élection présidentielle prévue en janvier 2026. L’annonce a été faite mardi par son parti, le Mouvement de résistance nationale (NRM), confirmant les intentions d’un dirigeant qui règne depuis près de quarante ans sans partage.
Dans un communiqué publié sur son site officiel, le NRM précise que Museveni « cherche à conserver les postes de président du NRM et de porte-drapeau présidentiel du parti lors des élections de 2026 ». Tanga Odoi, président de la commission électorale du parti, a annoncé que Museveni transmettra le 28 juin deux formulaires : l’un pour exprimer son intérêt à la présidence du parti, l’autre pour se présenter comme candidat à la présidentielle.
Cette officialisation intervient dans un climat de tension grandissante. Les préparatifs électoraux sont déjà marqués par des accusations de répression ciblée contre l’opposition, provoquant l’inquiétude de l’ONU et des organisations internationales de défense des droits humains.
L’opposition dans le viseur
Face à Museveni, les figures de l’opposition n’abdiquent pas. Robert Kyagulanyi, alias Bobi Wine, artiste devenu homme politique, a confirmé sa candidature le mois dernier. Âgé de 43 ans, il avait été le principal adversaire du président lors de la présidentielle de 2021, une campagne électorale entachée de violences, d’intimidations et d’arrestations arbitraires.
L’autre opposant emblématique, Kizza Besigye, ancien médecin personnel de Museveni et rival de longue date, a été arrêté au Kenya en novembre dernier avant d’être présenté devant une cour martiale en Ouganda. Il est accusé de trahison, un crime passible de la peine de mort dans le pays.
Le contexte est d’autant plus préoccupant que Museveni a récemment promulgué une loi autorisant les tribunaux militaires à juger les civils. Une mesure largement dénoncée comme un instrument répressif de plus contre les opposants politiques à l’approche des élections.
Un régime à l’épreuve du temps
Présenté comme un libérateur en 1986 après avoir renversé le régime autoritaire de Milton Obote, Museveni a progressivement consolidé un pouvoir personnel et militarisé. Sous sa gouvernance, la Constitution a été modifiée à plusieurs reprises, supprimant les limites d’âge et les restrictions sur le nombre de mandats présidentiels.
En dépit d’un appareil sécuritaire solide et d’un contrôle étroit de l’espace politique, les aspirations au changement s’expriment toujours, notamment chez les jeunes, qui composent une large part de la population ougandaise.
Vers un scrutin verrouillé ?
À l’approche de 2026, la question n’est pas seulement de savoir si Museveni sera candidat — c’est désormais chose faite — mais dans quelles conditions les élections se dérouleront. La communauté internationale, déjà critique lors des précédents scrutins, observe avec une attention accrue les signaux d’un processus électoral verrouillé d’avance.
Si Museveni semble inébranlable, l’opposition ougandaise reste déterminée à jouer sa carte. Mais dans un pays où manifester, contester ou simplement faire campagne peut conduire à l’exil, à la détention ou à la mort, le combat reste déséquilibré.
La Rédaction

