Les lions, emblèmes des grands espaces africains, symbolisent à la fois la puissance de la nature et les défis de sa préservation. Pourtant, leurs populations s’effondrent depuis un demi-siècle, notamment en Afrique de l’Ouest et de l’Est. Ce déclin suscite une mobilisation croissante pour leur sauvegarde, mais ces efforts nécessitent des données précises sur leur nombre et leur localisation, essentiels pour évaluer l’efficacité des initiatives de conservation.
Méthodes traditionnelles ou expertise humaine ?
Les techniques classiques de recensement des lions, souvent basées sur des suppositions ou des échantillons limités, ne suffisent pas toujours. Une équipe de chercheurs a décidé de tester une approche innovante en Ouganda : intégrer les gardes forestiers spécialisés dans le tourisme animalier au processus de suivi des lions. Ces guides, en contact quotidien avec la faune, possèdent une connaissance approfondie des habitudes des lions. L’objectif était de comparer leur efficacité à celle des pièges photographiques infrarouges, une technologie couramment utilisée pour observer les grands prédateurs.
Un terrain d’étude unique : le delta du Nil
Le parc national de Murchison Falls, au nord-ouest de l’Ouganda, a servi de cadre à cette expérience. Situé dans une région riche en biodiversité mais menacée par des pressions humaines comme le braconnage et l’exploitation pétrolière, le delta du Nil constitue un refuge crucial pour les lions. Pendant 76 jours, les gardes forestiers Lilian Namukose et Silva Musobozi ont parcouru près de 3 000 km pour localiser et photographier ces félins, équipés d’iPhones chargés d’un logiciel de suivi. Simultanément, des pièges photographiques ont été déployés sur 32 sites.
Des résultats révélateurs
Les gardes forestiers ont détecté 30 lions à 102 reprises, permettant une estimation fiable de 13,91 lions pour 100 km². En revanche, les pièges photographiques n’ont fourni que deux images exploitables en raison de leur faible qualité. Outre leur efficacité supérieure, l’approche menée par les gardes forestiers s’est avérée deux fois moins coûteuse, chaque détection par piège étant 100 fois plus onéreuse que celle effectuée par un humain.
Un rôle accru pour les gardes forestiers
Cette étude met en lumière le potentiel des gardes forestiers dans la conservation des lions. Leur expertise permet non seulement une collecte de données plus précise, mais elle contribue aussi à renforcer les capacités locales en sciences de la conservation. Dans un contexte où les populations de lions continuent de chuter – seulement 291 individus recensés en Ouganda contre 400 dans le seul Masai Mara au Kenya – ces efforts sont cruciaux.
Silva Musobozi, l’un des gardes impliqués, souligne :
“Les gardes forestiers, grâce à leur proximité avec la faune et leur connaissance du terrain, peuvent devenir des acteurs clés de la conservation. Avec une formation adaptée, ils peuvent combler le fossé entre la recherche scientifique et la gestion pratique des espèces.”
Une voie prometteuse pour l’avenir
Intégrer les gardes forestiers dans les programmes de suivi pourrait transformer les efforts de conservation, en particulier dans les zones reculées où les ressources technologiques sont limitées. Cette approche, durable et économique, donne une nouvelle dimension à leur rôle et offre un espoir tangible pour protéger les lions d’Afrique.
La Rédaction

