À quelques jours du scrutin présidentiel prévu le 15 janvier, l’Ouganda s’enfonce dans une atmosphère lourde de crispations politiques et de peur diffuse. Le face-à-face électoral attendu oppose, comme lors du précédent scrutin, le président sortant Yoweri Museveni, 81 ans, au leader de l’opposition Bobi Wine, figure centrale de la contestation politique et sociale.
Dans un rapport rendu public ce lundi, Amnesty International dresse un tableau alarmant de la situation préélectorale. L’organisation de défense des droits humains affirme que les autorités ougandaises ont engagé une campagne systématique de répression visant l’opposition, en particulier les militants et sympathisants de la Plateforme de l’unité nationale (NUP), le parti dirigé par Bobi Wine.
Une campagne électorale sous étau sécuritaire
Depuis le lancement officiel de la campagne électorale fin novembre, les rassemblements de l’opposition auraient été régulièrement dispersés par la force. Amnesty International évoque un recours répété à des méthodes coercitives, incluant arrestations arbitraires, mauvais traitements et actes assimilables à de la torture, dans le but de dissuader toute mobilisation politique.
Selon l’ONG, plusieurs rassemblements ont dégénéré dans un climat de violence, provoquant des blessés lors de mouvements de foule, mais aussi des pertes humaines. Un militant du NUP aurait notamment été abattu par la police à la fin du mois de novembre, lors d’un événement politique.
Bobi Wine dénonce une violence impunie
Sur les réseaux sociaux, Bobi Wine multiplie les dénonciations de ce qu’il qualifie de brutalité policière ciblée, affirmant être lui-même victime de violences répétées. À ce jour, aucune enquête indépendante ni mesure corrective n’a été annoncée par les autorités, renforçant les inquiétudes autour de l’impunité des forces de sécurité.
Deux événements survenus à Kawempe et Iganga, les 24 et 28 novembre, ont cristallisé les tensions. La police ougandaise a justifié l’usage de la force en accusant les partisans de l’opposition d’avoir attaqué des agents et endommagé des véhicules officiels. Des versions fermement rejetées par l’opposition et par Amnesty International, qui y voit une tentative de légitimation a posteriori de la répression.
Arrestations massives et climat de dissuasion
D’après les données recueillies par l’ONG, au moins 400 personnes auraient été arrêtées ces derniers mois en raison de leur proximité réelle ou supposée avec le NUP. Les chefs d’accusation retenus — dégradations, incitation à la violence ou troubles à l’ordre public — sont jugés largement instrumentalisés pour neutraliser l’opposition et restreindre l’espace civique.
À l’approche du scrutin, Amnesty International appelle les autorités ougandaises à garantir les libertés fondamentales, notamment la liberté de réunion, d’expression et de participation politique. Faute de quoi, prévient l’organisation, l’élection risque de se dérouler dans un contexte profondément vicié, incompatible avec les standards démocratiques internationaux.
La Rédaction

