Au Mali, les témoignages de violences ciblant des civils se multiplient. Derrière des portes closes, loin des regards, les prisons gérées par les forces armées maliennes, appuyées par les mercenaires russes de Wagner puis par Africa Corps, sont devenues des lieux d’épouvante.
Depuis 2021, des rapports d’ONG, de médias et de diplomates font état d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et de sévices infligés à des civils — parfois accusés à tort de soutenir les groupes djihadistes. La région de Mopti, mais aussi Tombouctou et Gao, sont régulièrement citées dans les signalements.
Les détenus, souvent arrêtés sans mandat ni procédure judiciaire, sont enfermés dans des conditions inhumaines. Faim, privation de soins, isolement prolongé et tortures rythment leur quotidien. Des survivants évoquent des cellules surpeuplées, sans lumière ni eau potable, où les cris résonnent la nuit. Pour certains, le supplice se termine dans des fosses communes.
Africa Corps, héritier du groupe Wagner et nouvelle vitrine militaire de la présence russe en Afrique, est accusé d’avoir repris les méthodes brutales de son prédécesseur. La coordination avec l’armée malienne, dans des opérations dites « de ratissage », donne lieu à des rafles, souvent sans distinction entre civils et combattants.
Les autorités maliennes continuent de nier ces accusations, les qualifiant de manipulations occidentales. Mais les preuves s’accumulent : images satellites, vidéos, récits de rescapés et documents confidentiels. Une chape de silence pèse sur les familles des disparus, tandis que le climat de peur s’installe durablement.
Dans un pays en guerre contre les groupes armés depuis plus d’une décennie, la dérive autoritaire et la brutalisation des civils renforcent le cycle de la violence. Pour beaucoup, l’enfer ne se vit plus seulement sur les routes ou dans les villages attaqués, mais dans les cellules invisibles de Bamako, Sévaré ou Tessalit.
La Rédaction

