Les Nations unies examinent une résolution portée par le Ghana visant à reconnaître la traite transatlantique comme l’un des crimes les plus destructeurs de l’histoire moderne, un texte qui relance les débats sur la mémoire de l’esclavage et la hiérarchie des atrocités historiques.
L’Organisation des Nations unies étudie ce mercredi un projet de résolution qui propose de qualifier la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage comme « le crime le plus grave contre l’humanité ». Une initiative portée par le Ghana, dans le cadre d’un mandat confié par l’Union africaine, et qui suscite déjà des discussions diplomatiques sensibles.
Lundi, Accra a appelé les États membres à soutenir ce texte, présenté comme un acte de reconnaissance historique et mémorielle. L’examen intervient à la veille de la journée internationale du souvenir des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique, commémorée le 25 mars.
Un texte qui interroge la notion de hiérarchie des crimes
Le débat porte notamment sur la portée juridique et symbolique de la formulation proposée. Certains États et observateurs expriment la crainte qu’une telle qualification n’introduise une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité reconnus par le droit international, tels que les génocides, l’apartheid ou les violences coloniales.
Le représentant permanent du Ghana auprès de l’ONU, Samuel Yao Kumah, a rejeté cette lecture. Selon lui, la résolution ne vise pas à établir une classification des souffrances, mais à reconnaître un processus historique ayant profondément structuré l’ordre mondial contemporain.
Il a insisté sur le fait que l’ensemble des atrocités reconnues par le droit international demeurent condamnées sans équivoque, indépendamment de cette initiative.
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Une mémoire historique au centre des débats diplomatiques
Entre le XVe et le XIXe siècle, plus de 12 millions d’Africains ont été déportés vers les Amériques et les territoires atlantiques dans le cadre de la traite transatlantique. Une partie importante d’entre eux est morte durant la traversée.
Pour les promoteurs du texte, cette reconnaissance vise à renforcer la mémoire des victimes et à inscrire cet épisode historique dans une lecture globale des systèmes de domination et d’exploitation.
Samuel Yao Kumah a défendu une approche fondée sur la reconnaissance et la transmission historique, estimant que la communauté internationale doit pouvoir nommer les réalités du passé pour mieux en tirer des enseignements.
Un enjeu mémoriel et politique contemporain
Au-delà de la dimension historique, le projet de résolution s’inscrit dans un contexte diplomatique plus large, où les questions de mémoire, de justice historique et de réparations symboliques occupent une place croissante dans les forums internationaux.
L’issue du vote à l’ONU sera scrutée par de nombreux États, alors que les discussions sur l’héritage de l’esclavage continuent de susciter des positions divergentes entre pays du Nord et du Sud.
La Rédaction

