L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) lance un signal d’alarme : malgré les récentes frappes américaines contre les installations nucléaires iraniennes, Téhéran pourrait relancer l’enrichissement d’uranium dans un délai de « quelques mois ».
Dans une interview accordée à CBS et diffusée ce dimanche 29 juin, le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, affirme que les sites ciblés — Fordo, Natanz et Ispahan — ont été gravement touchés, mais restent fonctionnels dans une certaine mesure. « Il y a eu des dommages importants mais pas complets », précise-t-il, estimant que l’Iran sera techniquement capable de remettre en marche ses centrifugeuses dans un avenir proche.
Des stocks critiques toujours en Iran
Une inquiétude majeure concerne les plus de 400 kilos d’uranium enrichi à 60 %, encore présents en Iran selon Washington. S’ils étaient portés à 90 %, seuil de l’armement militaire, cela suffirait à produire au moins neuf bombes nucléaires. Donald Trump, dans une autre interview diffusée dimanche sur Fox News, affirme que ces stocks n’ont pas été déplacés avant les frappes : « Ils n’ont rien bougé », assure-t-il, insistant sur l’effet de surprise de l’opération.
Mais ces affirmations ne peuvent être vérifiées : les inspecteurs de l’AIEA n’ont pas eu accès à ces stocks depuis le 10 juin. Une situation aggravée par la décision du Parlement iranien de suspendre la coopération avec l’agence onusienne, validée par le Conseil des gardiens et en attente de ratification présidentielle.
Bras de fer diplomatique et isolement de l’AIEA
Rafael Grossi rappelle les règles du droit international : « Un traité international doit, bien entendu, avoir préséance. Vous ne pouvez pas invoquer une loi nationale pour ne pas respecter un traité international ». Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a réaffirmé sur X le soutien de Washington aux inspections de l’AIEA et demandé à Téhéran de garantir la sécurité du personnel de l’agence.
L’Argentine, pays natal de Rafael Grossi, a de son côté dénoncé des menaces émanant de responsables iraniens envers son ressortissant, assurant un soutien total au directeur de l’agence.
Vers un nouvel affrontement ?
Téhéran, pour sa part, accuse l’AIEA d’avoir contribué à légitimer les frappes américano-israéliennes par une résolution adoptée le 12 juin, l’accusant de manquements à ses obligations. L’Iran considère ce rapport comme un prétexte. « Il est peut-être facile de blâmer une organisation internationale ou un directeur général, mais ce n’est pas raisonnable », s’est défendu Rafael Grossi.
Alors que le programme nucléaire iranien reste une source constante de tensions au Moyen-Orient, cette nouvelle séquence marque un tournant : malgré les destructions infligées, le cœur du programme semble encore battre. La véritable question est désormais de savoir combien de temps la communauté internationale peut encore empêcher une reprise totale de l’enrichissement.
La Rédaction

