Le chef de l’Église catholique salvadorienne a lancé un cri d’alarme. À San Salvador, ce dimanche de Pâques, l’archevêque José Luis Escobar a dénoncé publiquement la politique du président Nayib Bukele, qu’il accuse de transformer le Salvador en extension pénitentiaire des États-Unis. En cause : un accord entre Bukele et l’administration Trump pour accueillir des migrants expulsés d’Amérique, y compris des non-criminels, dans une méga-prison locale aux conditions décriées.
Une prison sous contrat avec Washington
L’accord, conclu dans le sillage d’une visite officielle de Bukele à la Maison-Blanche, permet à Washington de transférer au Salvador des centaines de migrants. Beaucoup sont vénézuéliens, sans antécédents judiciaires. Certains avaient d’abord été envoyés à Guantanamo avant d’être acheminés vers le centre pénitentiaire CECOT, symbole de la politique sécuritaire du régime Bukele.
À l’appui de cette politique, Trump invoque une loi du XVIIIe siècle — l’Alien Enemies Act de 1798 — historiquement utilisée en temps de guerre. Cette fois, elle sert à justifier l’expulsion massive de migrants, parfois uniquement sur la base de leurs tatouages ou de soupçons sans preuves.
Un Guantanamo salvadorien ?
« Nous demandons au gouvernement de ne pas permettre que notre pays devienne une grande prison internationale », a déclaré l’archevêque Escobar. Il évoque la possibilité d’un “Guantanamo à bas coût”, où les États-Unis externaliseraient leurs détentions au mépris du droit international. Plusieurs tribunes parues dans la presse locale alertent sur cette dérive : « Le Salvador ne doit pas être loué à la peur américaine. »
Un cas révélateur : Kilmar Abrego Garcia
Le cas de Kilmar Abrego Garcia illustre la brutalité de cette politique. Salvadorien de 29 ans, marié à une citoyenne américaine et résident du Maryland, il a été expulsé par erreur et incarcéré au CECOT. Ce n’est qu’après intervention judiciaire que l’administration a reconnu sa déportation illégale. Le sénateur démocrate Chris Van Hollen, venu sur place, a dénoncé un refus initial des autorités salvadoriennes de lui permettre de voir le détenu. « Ils savaient que l’image serait désastreuse », a-t-il lâché sur CBS.
La foi face à l’État
Ce n’est pas la première fois que l’Église entre en tension avec Bukele. Mais rarement l’opposition morale fut aussi nette. Pour Mgr Escobar, l’accueil de migrants détenus sans jugement dans des conditions inhumaines est une trahison de la justice et de la dignité humaine.
Alors que le Salvador tente de redorer son image à l’international, le pays risque aujourd’hui d’être perçu comme un simple sous-traitant carcéral de Washington. Une dérive politique à haute intensité, que l’Église appelle désormais à freiner.
La Rédaction

