Après le Brexit, le Royaume-Uni, confronté à l’influence croissante de la Chine et de la Russie, cherche à regagner son influence en Afrique. Depuis leur arrivée au pouvoir en juillet 2024, les Travaillistes ont lancé une “stratégie africaine renouvelée” dont les contours seront précisés dans les semaines à venir. Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy, a récemment achevé une visite en Afrique du Sud et au Nigeria, deux des plus grandes économies du continent, pour impulser cette nouvelle dynamique.
Le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, le 31 janvier 2020, a laissé un vide stratégique, accentué par la montée en puissance des BRICS et de puissances comme la Chine, la Russie et la Turquie. Dans ce contexte, le Royaume-Uni a vu son influence en Afrique se réduire considérablement, face à des rivaux de plus en plus présents. Pour inverser cette tendance, Londres a mis en place une série d’initiatives diplomatiques, dont des visites royales visant à raviver les liens avec ses anciennes colonies.
Cependant, les Travaillistes critiquent la gestion des Conservateurs en matière de relations africaines, notamment alors que la Chine, la Russie, l’Inde et la Turquie intensifient leurs engagements sur le continent. Face à ces défis, le gouvernement de Keir Starmer veut redéfinir la présence britannique en Afrique, particulièrement dans les pays anglophones, en dépit de la concurrence croissante de la France.
Lancée en août 2024, la stratégie du gouvernement vise à rétablir des partenariats économiques solides, à travers des accords commerciaux et des projets de coopération. Parmi les premières étapes, le ministre Lammy a visité le Nigeria et l’Afrique du Sud, où des discussions ont eu lieu pour renforcer les relations économiques. Le Nigeria, avec ses 230 millions de consommateurs, et l’Afrique du Sud, principal partenaire commercial du Royaume-Uni sur le continent, figurent en tête des priorités.
Les engagements économiques comprennent des accords de coopération dans des secteurs clés comme l’énergie, les services financiers et la lutte contre le changement climatique. Les deux pays ont signé des accords, dont un partenariat stratégique inédit, axé sur la sécurité et les exportations agricoles sud-africaines. Avec le Nigeria, l’accent sera mis sur le renforcement des échanges commerciaux et des investissements dans les infrastructures énergétiques.
Outre les pays anglophones, le Royaume-Uni cherche à établir des liens plus solides avec des nations non anglophones comme la République Démocratique du Congo et l’Angola, riches en ressources naturelles stratégiques telles que le cobalt et le cuivre. L’intérêt croissant pour ces pays est renforcé par des projets d’exploitation des terres rares angolaises, notamment à Huambo, pour soutenir la compétitivité des entreprises britanniques sur le marché des métaux essentiels.
Alors que le Royaume-Uni cherche à diversifier ses partenaires, sa stratégie se concentre également sur la migration. Le pays entend coopérer avec des nations comme le Nigeria, où de nombreux migrants sont en situation irrégulière, pour trouver des solutions alternatives à l’accord avorté avec le Rwanda, qui visait à traiter les migrants en transit.
Le Royaume-Uni se positionne également sur des enjeux humanitaires, après des critiques liées à sa gestion de la crise du Covid-19 en Afrique. Les Travaillistes, par le biais de la ministre d’État au développement, ont intensifié leur soutien aux réfugiés du Soudan du Sud et d’Éthiopie. Enfin, le gouvernement britannique plaide pour une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, en faveur d’une représentation africaine permanente, avec le Nigeria et l’Afrique du Sud comme candidats potentiels.
Malgré la concurrence des BRICS, de la Turquie et de l’Inde, Londres espère rétablir sa position sur le continent africain, avec des relations basées sur le respect mutuel et la croissance partagée.
La Rédaction

