À Damaturu, les gouverneurs de six États du nord-est du Nigeria ont lancé un appel solennel à l’armée : revoir sa stratégie face à une insurrection jihadiste qui regagne du terrain.
Plus de 100 morts en avril. Ce chiffre glaçant résume l’hécatombe qui frappe à nouveau le nord-est du Nigeria. Jeudi, lors du 11e Forum des gouverneurs de la région, réuni à Damaturu, capitale de l’État de Yobe, les dirigeants des États de Borno, Adamawa, Gombe, Taraba, Yobe et Bauchi ont dressé un constat alarmant et appelé l’armée à revoir sa stratégie contre les groupes jihadistes.
Dans son discours de clôture, le gouverneur de Taraba, Agbu Kefas, a plaidé pour une approche « multidimensionnelle » qui ne se limite pas à la riposte militaire. Il a insisté sur la nécessité de s’attaquer aux causes profondes de l’insurrection, en misant notamment sur la formation professionnelle, la réduction de la pauvreté, l’amélioration du réseau routier et de l’accès à l’éducation.
Une insécurité qui mutile la région depuis 16 ans
La région est le théâtre d’un conflit jihadiste ininterrompu depuis 2009. Le bilan humain est catastrophique : plus de 40 000 morts et près de 2 millions de déplacés. Les deux principaux groupes armés – Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) – qui s’étaient affaiblis face à la pression militaire, semblent aujourd’hui regagner du terrain.
Les groupes jihadistes ont fait évoluer leurs tactiques : usage de drones, engins explosifs improvisés, embuscades, raids coordonnés. Ils auraient aussi temporairement mis fin à leurs rivalités internes pour renforcer leur présence sur le terrain.
La Force multinationale mixte affaiblie
Autre source d’inquiétude : l’affaiblissement de la Force multinationale mixte (FMM), qui regroupe le Nigeria, le Tchad, le Niger et le Cameroun. Le retrait du Niger en mars, et la menace d’un retrait du Tchad, compromettent gravement les patrouilles transfrontalières et le partage de renseignements, éléments cruciaux dans la lutte contre une insurrection mobile et adaptable.
Alors que les groupes jihadistes innovent, se renforcent et exploitent les failles sécuritaires, les gouverneurs du nord-est nigérian appellent à une réponse plus intégrée, plus intelligente, et mieux ancrée dans le tissu social. Le temps presse.
La Rédaction

