Depuis son lancement, l’oléoduc reliant le gisement pétrolier d’Agadem au port béninois de Sèmè-Kpodji est devenu un enjeu stratégique pour le Niger. Construit avec l’appui de la China National Petroleum Corporation (CNPC), il devait assurer une manne financière essentielle pour la junte au pouvoir. Mais sur le terrain, il est aussi devenu une cible de choix pour les groupes armés, entraînant une multiplication des attaques, des enlèvements et des représailles sanglantes.
Une infrastructure sous haute tension
L’oléoduc de 2 000 kilomètres, le plus grand d’Afrique, devait permettre au Niger d’exporter son pétrole vers le marché international. Toutefois, sa traversée de zones sensibles a rapidement exposé le projet à des menaces sécuritaires majeures. Dès 2024, des attaques armées ont commencé à perturber son exploitation.
En juin de la même année, le Front patriotique de libération (FPL), un groupe opposé à la junte, a revendiqué une attaque contre une section du pipeline et menacé de nouvelles actions si les entreprises chinoises ne se retiraient pas du projet. Ce coup de semonce n’a été que le début d’une série d’incidents qui ont exacerbé les tensions dans la région.
Des attaques meurtrières et des enlèvements en série
Les mois suivants, les agressions se sont multipliées. En août 2024, six soldats nigériens chargés de sécuriser l’oléoduc ont été tués dans une attaque dans la région de Dosso. L’assaut a contraint le Niger à suspendre temporairement ses exportations de pétrole vers le Bénin, mettant en péril les ambitions économiques du pays.
Les populations locales ne sont pas épargnées. Des enlèvements ont été signalés dans les zones traversées par l’oléoduc, visant notamment des travailleurs et des membres de communautés jugées trop proches du gouvernement. Face à cette insécurité grandissante, certaines entreprises chinoises opérant sur le site ont dû réduire leurs activités ou renforcer drastiquement leur protection.
Une riposte sécuritaire sous pression
Conscient de l’enjeu, le gouvernement nigérien a décidé de muscler son dispositif sécuritaire. En janvier 2025, un accord a été conclu avec la société chinoise Wapco pour la sécurisation des infrastructures pétrolières. L’utilisation de drones et le déploiement de forces spéciales autour du pipeline figurent parmi les mesures adoptées pour contrer les assauts des groupes armés.
Mais ces efforts suffiront-ils à enrayer l’escalade de la violence ? Les attaques contre l’oléoduc traduisent un problème plus large de stabilité dans la région. À mesure que les tensions s’intensifient, le Niger risque de voir son rêve pétrolier se transformer en un véritable casse-tête sécuritaire.
La Rédaction

