Confrontées à de graves difficultés financières, les autorités militaires au pouvoir à Niamey intensifient la pression sur China National Petroleum Corporation (CNPC), exigeant un redressement fiscal majeur. La Direction générale des impôts (DGI) du Niger a adressé à la Société de raffinage de Zinder (Soraz), une coentreprise détenue à 60 % par CNPC et à 40 % par l’État nigérien, une facture colossale de 66,8 milliards de francs CFA, soit environ 102 millions d’euros. Ce redressement concerne des impôts et taxes impayés pour les années fiscales 2022 et 2023, accompagné d’une demande de paiement immédiat.
Le montant total réclamé se divise en deux grandes parties : 39,2 milliards de francs CFA (environ 59,9 millions d’euros) pour des arriérés d’impôts (salaires, bénéfices, TVA et autres prélèvements), et 27,6 milliards de francs CFA (42,25 millions d’euros) de pénalités pour non-paiement. Bien que l’État nigérien détienne une part de 40 % dans la Soraz et devrait théoriquement assumer une part de cette responsabilité, les autorités espèrent que CNPC couvrira la totalité de l’amende, une demande qui pourrait se heurter à une résistance de la part de la compagnie chinoise.
La situation est d’autant plus tendue que CNPC affirme que la Société nigérienne du pétrole (Sonidep) laisse d’importants arriérés sur les produits raffinés extraits de la Soraz, générant des profits pour Sonidep sans frais pour l’État. Dans ce contexte, la demande de redressement fiscal semble mal perçue par CNPC, qui considère la Soraz comme un atout stratégique pour les finances du gouvernement nigérien.
Cette affaire a été abordée lors de la visite à Niamey de Chen Jintao, président de CNPC Exploration & Development Co (CNODC), en octobre 2023. Cependant, aucune solution n’a été trouvée, et les négociations restent dans une impasse à ce jour.
Les relations entre la junte nigérienne et CNPC sont également tendues concernant le bloc pétrolier de Bilma. L’État nigérien a retiré ce bloc des mains de CNPC en 2023, avant de le confier à Sonidep en mars 2024. Ce geste fait partie de la politique de “nigérienisation” des ressources pétrolières du pays, visant à renforcer le contrôle national sur les secteurs stratégiques. Bien que CNPC ait investi près de 300 millions de dollars dans ce bloc, la junte semble conditionner un retour de la gestion chinoise à un paiement supplémentaire à l’État nigérien.
Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, qui a renversé le président Mohamed Bazoum, les autorités militaires ont multiplié les pressions sur les entreprises chinoises, les dernières à investir de manière significative au Niger. Ces pressions incluent notamment la mise en concurrence de CNPC, prévue pour début 2024, pour la commercialisation du pétrole nigérien exporté d’Agadem. En mars 2024, CNPC avait déjà dû verser 400 millions de dollars pour sécuriser les droits d’exportation, afin d’éviter que d’autres acteurs comme BGN Group ou BB Energy ne prennent le contrôle des ventes de brut.
Ainsi, les tensions entre la junte militaire du Niger et CNPC risquent de persister, alors que le gouvernement nigérien cherche à maximiser les revenus générés par ses ressources naturelles, tout en consolidant son contrôle sur le secteur énergétique et minier.
La Rédaction

