La commission électorale de Namibie (ECN) se retrouve au cœur d’une polémique après avoir attribué un contrat de 60 millions de dollars à l’entreprise sud-africaine Ren-Form CC pour l’impression des bulletins de vote des élections générales prévues le 27 novembre. Ce contrat a suscité des inquiétudes, notamment en raison des liens de Ren-Form CC avec Wicknell Chivayo, un homme d’affaires controversé du Zimbabwe, ancien détenu et proche du président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa et du parti ZANU-PF.
Les accusations de malversations ont émergé après qu’il a été révélé que Chivayo, impliqué dans un scandale de détournement de fonds au Zimbabwe, était également lié à des contrats similaires dans son pays, dont un de 100 millions de dollars pour la fourniture de matériel électoral, y compris des bulletins de vote. Des rapports locaux indiquent que la majeure partie de ces fonds avait été détournée au profit de responsables gouvernementaux et d’agents de sécurité, gonflant les coûts des contrats de manière significative.
La situation a provoqué une réaction forte dans la capitale namibienne, Windhoek, où des manifestants du Mouvement démocratique populaire (MPM) ont demandé l’annulation de l’accord, dénonçant l’opacité de la procédure. Les critiques pointent une gestion suspecte du processus d’attribution du contrat par l’ECN, qui aurait ignoré les risques liés à une procédure de passation de marchés “d’urgence”, lancée seulement un mois avant les élections. Selon Rui Tyitende, analyste politique, cette situation pourrait nuire gravement à l’intégrité de l’ECN, qui est censée garantir des élections transparentes.
Ren-Form CC, pour sa part, a nié toute implication directe avec Chivayo, qualifiant les accusations de “diffamation”, tandis que l’ECN assure que le contrat a été attribué de manière régulière. Cependant, certains experts, comme Admire Mare, soulignent que l’implication d’un homme d’affaires avec un passé trouble pourrait entacher la crédibilité de l’organisation électorale, surtout dans le cadre d’élections aussi cruciales pour la stabilité politique du pays.
Le parti ZANU-PF, déjà accusé d’ingérence politique dans plusieurs pays de la région, dont le Mozambique et l’Afrique du Sud, est également sous surveillance pour ses tentatives d’influence sur les élections en Namibie. Certains analystes estiment que le Zimbabwe cherche à maintenir ses alliés au pouvoir dans la région, notamment en soutenant la Swapo, le parti au pouvoir en Namibie, afin d’éviter l’isolement politique.
Malgré les protestations et les enquêtes en cours sur les pratiques de Chivayo, la situation reste tendue à l’approche des élections, et les risques d’atteinte à la transparence électorale pourraient marquer un tournant dans la politique namibienne.
La Rédaction

