Des sanctuaires en recul constant
En République démocratique du Congo, deux des plus vastes aires protégées du continent enregistrent un déclin préoccupant. En l’espace de vingt ans, le Parc national de Salonga a perdu plus de 10 % de ses forêts primaires, tandis que le Parc national de Kundelungu a vu disparaître près d’un tiers de son couvert forestier.
Loin d’être anecdotiques, ces pertes traduisent une transformation progressive de ces espaces censés incarner la conservation à grande échelle.
Kundelungu, un écosystème grignoté par les besoins urbains
Le cas de Kundelungu illustre une dynamique particulièrement brutale. Entre 2001 et 2022, environ 743 km² de forêts ont été détruits, principalement sous l’effet de l’agriculture sur brûlis, des feux de brousse et de la production de charbon de bois.
La proximité avec Lubumbashi joue un rôle déterminant. Face à une urbanisation rapide et à un accès limité à l’énergie, les populations se tournent vers les ressources forestières pour répondre à leurs besoins immédiats. Le parc devient alors une extension informelle de l’économie urbaine, au détriment de son équilibre écologique.
À cette pression diffuse s’ajoutent des incursions agricoles et des convoitises liées aux ressources minières, accentuant la fragmentation des habitats.

Salonga, une dégradation plus discrète mais structurelle
Moins spectaculaire mais tout aussi préoccupante, la situation du Parc national de Salonga révèle une déforestation progressive liée à l’expansion des activités humaines.
Les feux de brousse et l’agriculture itinérante y redessinent lentement le paysage forestier, en particulier à proximité des zones habitées. Cette évolution entraîne une fragmentation des écosystèmes et fragilise des espèces déjà vulnérables.
Des causes systémiques profondément enracinées
Dans les deux cas, la dégradation ne relève pas d’événements isolés mais d’un ensemble de facteurs structurels : pauvreté persistante, absence d’alternatives économiques, flou foncier et faibles capacités de contrôle.
Ces dynamiques traduisent un déséquilibre fondamental entre les impératifs de conservation et les réalités socio-économiques des populations riveraines, pour qui la forêt reste une ressource vitale.

Repenser la conservation au-delà du modèle classique
Les réponses techniques — surveillance accrue, outils satellitaires — ne suffisent plus à contenir cette dynamique. Les spécialistes plaident pour une approche systémique intégrant pleinement les communautés locales.
Cela implique de développer des alternatives viables, comme l’agroforesterie ou l’écotourisme, tout en renforçant la gouvernance et les mécanismes de financement.
Des initiatives récentes, notamment à Kundelungu avec l’appui de partenaires internationaux, tentent d’inverser la tendance. Mais elles restent encore limitées face à l’ampleur des transformations en cours.
Une remise en cause du modèle des aires protégées
Au-delà de ces deux parcs, c’est l’efficacité même du modèle de conservation en Afrique centrale qui est interrogée. Pensés comme des sanctuaires, ces espaces apparaissent désormais comme des territoires disputés, soumis à des logiques économiques et sociales difficiles à contenir.
Sans une révision en profondeur des stratégies de gestion, ces bastions forestiers pourraient continuer à s’éroder, lentement mais durablement.
La Rédaction

