Plus d’un demi-siècle après la mort de certains d’entre eux, des Namibiens conservés ou enterrés en Afrique du Sud retrouvent enfin leur pays. Leur restitution dépasse largement le cadre funéraire : elle remet au centre des individus que la colonisation et l’apartheid avaient transformés, selon les cas, en prisonniers politiques, en exilés ou en objets d’étude scientifique.
Deux combattants de l’indépendance parmi les dépouilles rapatriées
Au cœur de cette restitution figurent Festus Nehale et Simon Niilenge, deux militants namibiens emprisonnés à Robben Island pour leur engagement dans la lutte de libération. Ils sont morts respectivement en 1971 et 1974 et avaient été enterrés en Afrique du Sud au lieu d’être rendus à leurs familles.
Leurs dépouilles doivent désormais rejoindre la Namibie afin d’y être réinhumées dans le cadre des commémorations du Heroes’ Day. Les autorités namibiennes présentent ce retour comme une manière de restituer à ces anciens prisonniers une place dans l’histoire nationale, mais aussi de permettre à leurs proches d’accomplir enfin les rites funéraires sur leur terre d’origine.
Quand des restes humains deviennent des collections
La restitution concerne également 84 restes humains namibiens identifiés dans les collections des musées Iziko, au Cap. Leur présence en Afrique du Sud renvoie à une autre facette de l’histoire coloniale : celle des collectes de dépouilles et d’ossements humains effectuées à une époque où certaines disciplines prétendaient établir des classifications et des hiérarchies entre les populations.
Le retour de ces restes change donc profondément leur statut. Ils ne sont plus considérés comme des pièces conservées dans une institution scientifique ou patrimoniale, mais comme des ancêtres dont les communautés réclament la mémoire, l’identité et la dignité.
Des membres des familles et des représentants des autorités traditionnelles ont d’ailleurs participé aux différentes étapes du processus, y compris aux rituels précédant les exhumations.
Une réparation qui dépasse la frontière sud-africaine
La cérémonie organisée au Cap s’inscrit dans une coopération engagée entre Windhoek et Pretoria pour retrouver et rapatrier les Namibiens morts en Afrique du Sud pendant la période coloniale et la lutte contre l’apartheid. Les autorités présentent cette démarche comme un processus de réparation, de réconciliation familiale et de restauration de la dignité.
Pour la Namibie, cette restitution prolonge également un combat engagé depuis plusieurs années auprès des pays et institutions qui détiennent encore des restes humains emportés durant la colonisation.
Le retour de ces dépouilles ne referme donc pas seulement un chapitre entre l’Afrique du Sud et la Namibie. Il rappelle une question toujours ouverte sur le continent : que faire des restes humains africains dispersés dans des musées, universités et collections étrangères, parfois depuis plus d’un siècle ?
En regagnant leur pays, ces Namibiens quittent symboliquement le statut que leur avait imposé l’ordre colonial. Ils redeviennent des membres de familles, des ancêtres et, pour certains, des acteurs de la lutte ayant conduit à l’indépendance.
La Rédaction

