Le Mozambique se lance dans un projet colossal pour devenir un pilier énergétique régional. Sur le fleuve Zambèze, la future centrale hydroélectrique de Mphanda Nkuwa, soutenue par la Banque mondiale, ambitionne d’alimenter des millions de foyers et d’exporter son électricité au-delà des frontières.
Un chantier stratégique de 6,5 milliards de dollars
À 60 kilomètres en aval du barrage de Cahora Bassa, un autre géant de béton est en train de naître : Mphanda Nkuwa. Avec une capacité de 1 500 mégawatts, cette future centrale devrait entrer en service en 2031, pour un coût total estimé à 6,5 milliards de dollars. Ce montant couvre à la fois la construction du barrage et le réseau de transport d’électricité.
La Banque mondiale vient de confirmer sa participation financière, un signal fort pour ce mégaprojet. Elle rejoint ainsi un consortium emmené par Électricité de France (EDF), TotalEnergies et le conglomérat japonais Sumitomo. Ces acteurs misent sur le potentiel du Mozambique pour devenir un hub énergétique majeur, en particulier pour les pays d’Afrique australe.
Objectif : électrifier 300 millions d’Africains
Le projet s’inscrit dans le cadre de la Mission 300, une initiative soutenue par la Banque mondiale qui vise à fournir l’accès à l’électricité à 300 millions de personnes en Afrique subsaharienne d’ici 2030. Dans une région où plus de 80 % des habitants n’ont toujours pas accès à cette ressource de base, Mphanda Nkuwa apparaît comme une pièce maîtresse de cette ambition.
Avec ce barrage, le Mozambique pourrait augmenter de plus de 50 % sa capacité actuelle de production électrique. Le courant issu de la centrale permettra d’alimenter la capitale Maputo, tout en générant un surplus destiné à l’exportation vers les pays voisins comme la Zambie, le Malawi ou encore le Zimbabwe.
Le Zambèze, colonne vertébrale énergétique
Le choix du fleuve Zambèze ne doit rien au hasard. Déjà utilisé dans les années 1970 pour la construction du barrage de Cahora Bassa – dont 60 % de la production est exportée vers l’Afrique du Sud – ce fleuve reste l’épine dorsale du système hydroélectrique mozambicain.
Mphanda Nkuwa viendra donc renforcer cette tradition, tout en réorientant une partie de l’énergie vers la consommation nationale. Une évolution stratégique, alors que le pays aspire à mieux répartir les retombées de son potentiel naturel.
Entre transition énergétique et enjeux géopolitiques
Pour TotalEnergies, déjà très actif au Mozambique avec son projet de GNL dans la province de Cabo Delgado, le barrage est une opportunité supplémentaire de diversifier ses investissements vers les énergies renouvelables. C’est aussi une manière de contribuer à son objectif de neutralité carbone d’ici 2050, tout en consolidant son ancrage dans un pays à fort potentiel énergétique.
Mais ce projet ne va pas sans défis. Outre les risques environnementaux et sociaux, des questions persistent sur la gouvernance, les mécanismes de redistribution des bénéfices et la résilience face au changement climatique.
La Rédaction

