Au Mexique, alors que la Coupe du monde se déroule en pleine effervescence sportive et médiatique, les familles de personnes disparues tentent de profiter de l’attention internationale pour relancer leur combat contre l’oubli. Le pays compte aujourd’hui plus de 130 000 cas de disparitions forcées, un chiffre en hausse constante, concentré dans plusieurs régions fortement touchées par la violence des cartels.
Une tragédie nationale toujours hors de contrôle
Les disparitions forcées demeurent l’un des drames les plus persistants du Mexique contemporain. Selon les registres officiels et les estimations consolidées par les organisations de défense des droits humains, le phénomène s’est amplifié depuis le milieu des années 2000, dans le contexte de la guerre contre les cartels. Le taux d’impunité reste extrêmement élevé, dépassant largement la majorité des affaires criminelles non élucidées.
Dans plusieurs États comme Jalisco, Tamaulipas ou Guanajuato, les autorités locales et les collectifs citoyens font état d’une multiplication des fosses clandestines. Des estimations évoquent plusieurs milliers de sites découverts au fil des années par des familles organisées en brigades de recherche, souvent sans soutien suffisant des institutions judiciaires.
Les recherches de terrain menées par ces collectifs constituent désormais une composante à part entière du paysage social mexicain : des familles parcourent des zones désertiques ou rurales à la recherche de traces, armées de tiges métalliques et de témoignages anonymes.

Manifestation de familles de personnes disparues à Mexico en marge de la Coupe du monde de la FIFA 2026, près du stade Azteca.
Le Mondial comme caisse de résonance internationale
Avec la visibilité offerte par la Coupe du monde, certains collectifs de familles de disparus espèrent briser une forme d’indifférence internationale face à une crise devenue structurelle.
Des mobilisations ont déjà accompagné des événements sportifs majeurs au Mexique, où des proches de disparus apparaissent dans l’espace public avec les portraits de leurs enfants, parents ou conjoints. En 2026, plusieurs manifestations ont de nouveau eu lieu à proximité des zones de forte affluence liées au tournoi, afin de rappeler que derrière l’image festive du pays hôte persiste une réalité de violence massive.
Une violence enracinée dans les structures criminelles
La majorité des disparitions est attribuée aux organisations criminelles, dont l’influence dépasse le trafic de drogue pour inclure le contrôle territorial, le recrutement forcé et l’exploitation illégale de populations vulnérables.
Des cas récents documentés dans l’État de Jalisco ont mis en lumière l’existence de centres clandestins utilisés par des groupes criminels. Sur certains sites découverts par des collectifs citoyens, des vêtements, des effets personnels et des restes humains ont été retrouvés, confirmant le caractère systémique de la violence liée aux cartels.
Dans ce contexte, les frontières entre criminalité organisée et défaillances institutionnelles restent floues, alimentant un climat d’impunité durable et une défiance profonde envers les autorités locales.

Nouvelle scène de protestation à Mexico le 11 juin 2026, où des familles réclament justice pour plus de 130 000 personnes disparues dans le pays.
Une mobilisation qui dépasse le cadre sportif
Pour les familles, l’enjeu dépasse largement le contexte du Mondial. Il s’agit de transformer un moment de visibilité mondiale en pression politique durable sur les autorités mexicaines et les institutions internationales.
Les Nations unies et plusieurs organisations de défense des droits humains ont à plusieurs reprises qualifié la situation de crise structurelle, appelant à renforcer les mécanismes d’identification des restes humains et les capacités d’enquête.
Malgré les annonces gouvernementales et la création d’institutions spécialisées, les résultats restent limités face à l’ampleur du phénomène. Les associations de victimes continuent de réclamer des moyens renforcés, une coordination nationale plus efficace et une politique de recherche systématique des disparus.
La Rédaction
Sources et références
- Registre national mexicain des personnes disparues (RNPDNO)
- Nations unies – Comité contre les disparitions forcées
- Amnesty International – rapports sur le Mexique
- Human Rights Watch – enquêtes sur les disparitions et les cartels
- Collectifs de recherche de disparus au Mexique (notamment Jalisco et Sonora)
- Rapport du CICR sur les personnes disparues dans les conflits et contextes de violence organisée

