Un littoral riche mais menacéAvec près de 750 km de façade maritime, la Mauritanie possède l’une des zones halieutiques les plus poissonneuses au monde. La pêche a longtemps constitué une source majeure de revenus pour les communautés locales, qui ont développé un savoir-faire unique dans la capture et la transformation du poisson. Ce patrimoine culturel et économique est aujourd’hui menacé par l’exploitation intensive et les pratiques destructrices.À lire aussi : Gambie : quand les pêcheurs locaux défendent leur mer face aux géants industrielsDeux communautés de pêche au cœur du secteurLe pays compte deux grandes communautés de pêche. La première, composée de familles arabes, regroupe des générations nées et élevées dans la culture de la pêche, avec des techniques transmises de père en fils. La seconde, la communauté Ndjavo (wolof) du Sud, est également réputée pour son expertise halieutique. Ensemble, ces communautés représentent près de 8 000 pirogues réparties entre la capitale économique et la capitale administrative, formant le pilier de la pêche artisanale mauritanienne. Leur expérience et leur connaissance des fonds marins font d’elles des acteurs essentiels dans toute décision liée au secteur.À lire aussi : Mauritanie. A Nouakchott, l’absence des pêcheurs sénégalais se fait sentirUne pêche artisanale en dangerLa grande saison de pêche s’étend d’octobre à mars-avril, période où les prises sont les plus abondantes. Cependant, la pêche artisanale est aujourd’hui fragilisée par plusieurs facteurs : l’accaparement des zones de pêche par des acteurs industriels, l’utilisation de pratiques destructrices et l’exploitation intensive des juvéniles par certaines usines de farine de poisson. Ces pressions ont des conséquences directes sur les communautés locales : diminution des revenus, insécurité alimentaire et précarité pour des milliers de familles dépendantes de la pêche.Les accords internationaux pointés du doigtLes contrats internationaux signés par le gouvernement mauritanien avec des entreprises étrangères ont permis une exploitation intensive du littoral sur plusieurs années. Ces accords ont souvent été critiqués pour leur impact sur les ressources locales, car les techniques utilisées par ces entreprises détruisent le fond marin et réduisent considérablement les prises accessibles aux pêcheurs locaux. Cette situation place les acteurs de la pêche artisanale dans une position de vulnérabilité économique et sociale.À lire aussi : Coopération. Le Gabon met un terme à l’accord de pêche avec l’Union européenneDes mesures pour relancer le secteurPour protéger et relancer la pêche artisanale, plusieurs solutions sont proposées. D’abord, renégocier les contrats internationaux afin de préserver les ressources nationales et garantir une exploitation durable. Ensuite, impliquer les pêcheurs locaux dans les décisions, car ce sont eux qui connaissent le mieux les cycles de reproduction et l’état des fonds marins. Enfin, interdire les pratiques destructrices et renforcer les périodes de repos biologique pour permettre le renouvellement des stocks. Si ces mesures sont appliquées rapidement et efficacement, la pêche artisanale mauritanienne pourrait redevenir un moteur de prospérité nationale et un acteur clé pour l’approvisionnement en poisson à l’échelle africaine.
La Rédaction

