Le 31 décembre 2024 restera dans les annales de la Mauritanie et du Sénégal comme un moment décisif. En effet, cette date marque l’entrée en production du gisement gazier de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), un projet qui positionne désormais ces deux pays parmi les producteurs de gaz naturel à l’échelle mondiale. Un tournant stratégique pour leurs économies respectives.
Découvert en 2015, le gisement GTA a nécessité plusieurs années de préparation avant de voir son entrée en production. Bien que les premières prévisions annonçaient une mise en service en 2022, des retards successifs ont repoussé cette échéance à la fin 2024. Le 31 décembre, le premier flux de gaz a été extrait à 2 850 mètres de profondeur, marquant ainsi le début d’une phase test cruciale pour la commercialisation de cette ressource.
Le projet GTA, d’une envergure impressionnante, s’impose comme l’un des plus ambitieux d’Afrique. Le gaz extrait du gisement sera traité dans des installations offshore avant d’être liquéfié, stocké, puis exporté via un navire de gaz naturel liquéfié (FLNG). L’objectif de production pour cette première phase est de 2,3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an, avec une possibilité de doubler cette capacité lors de la seconde phase du projet.
Ce projet est porté par un consortium dirigé par BP, aux côtés de Kosmos Energy, SMH et Petrosen. Il marque un moment historique pour les deux pays, qui deviennent les premiers producteurs de GNL dans la région. Grâce à GTA, la Mauritanie et le Sénégal pourraient bien se positionner comme des acteurs incontournables sur le marché mondial du gaz naturel liquéfié.
L’impact économique de ce gisement sera considérable. Dès les premières années d’exploitation, GTA devrait générer des ressources financières importantes grâce aux redevances, aux taxes et à la vente d’une partie des réserves. Les deux pays pourront également bénéficier directement du gaz produit pour répondre à leurs besoins internes. Le gaz sera utilisé dans des centrales thermiques, contribuant ainsi à réduire le déficit énergétique et à améliorer l’accès à l’électricité. Par ailleurs, l’utilisation du gaz butane pourrait également jouer un rôle crucial dans la transition énergétique, réduisant la dépendance au charbon de bois pour la cuisson des aliments.
Le marché international bénéficiera également de cette nouvelle source de GNL, qui sera principalement exportée vers l’Europe. Cette exportation devrait renforcer les recettes en devises des deux pays, tout en diversifiant leurs sources de revenus. Au niveau macroéconomique, le projet pourrait stimuler une croissance soutenue dans les années à venir. Selon les prévisions du FMI, la Mauritanie pourrait tripler son taux de croissance en 2025 grâce aux retombées du projet GTA.
Cependant, tout n’a pas été sans obstacles. Le projet a subi une explosion des coûts, avec une augmentation de près de 60 % par rapport aux prévisions initiales, en raison de la pandémie et des retards accumulés. Ces hausses ont conduit les gouvernements mauritanien et sénégalais à exiger des audits externes, qui ont révélé des surfacturations de la part de BP. Alors que le projet entre désormais en phase opérationnelle, les deux pays comptent bien utiliser leur pouvoir de négociation pour revoir à la baisse les coûts et garantir une répartition équitable des bénéfices.
GTA représente un projet majeur, non seulement pour la Mauritanie et le Sénégal, mais pour toute la région. Avec des réserves estimées à 425 milliards de mètres cubes de gaz, ce gisement pourrait rapporter entre 80 et 90 milliards de dollars sur les 20 prochaines années, à condition que les deux pays parviennent à maîtriser les coûts et à maximiser les retombées économiques. Ce mégaprojet pourrait bien transformer à jamais le paysage énergétique et économique de l’Afrique de l’Ouest.
La Rédaction

