Étudier dans les mêmes salles, préparer les mêmes diplômes et accéder aux mêmes perspectives professionnelles, que l’on soit sourd, malentendant ou entendant. C’est le principe fondateur de l’Université Lalla Asmaa, inaugurée à Rabat. Un établissement singulier qui associe enseignement supérieur, recherche scientifique et innovation pour faire de l’inclusion une réalité quotidienne.
À Rabat, une nouvelle conception de l’enseignement supérieur prend forme. Inaugurée le 15 octobre 2026 par la princesse Lalla Asmaa, présidente de la fondation qui porte son nom, l’Université Lalla Asmaa ambitionne de supprimer les barrières qui séparent encore trop souvent les étudiants selon leurs capacités auditives. Ici, l’accessibilité n’est pas envisagée comme un dispositif complémentaire, mais comme un principe autour duquel s’organise l’ensemble du projet pédagogique.
Présentée par sa fondation comme une première mondiale, l’institution marocaine se distingue surtout par la réunion, dans un même campus, de disciplines habituellement dispersées entre établissements spécialisés, universités et centres de soins. Cette approche entend préparer les étudiants à exercer ensemble des professions scientifiques, technologiques, médicales et créatives.
Quatre écoles et une même ambition
Avec une capacité annoncée de 3 500 places, l’université propose quatre écoles et seize diplômes, allant du certificat professionnel au master. Les formations couvrent notamment les sciences de l’audition, l’orthophonie, les langues des signes, l’interprétariat, l’intelligence artificielle et les métiers du numérique. Des parcours professionnels en cuisine, pâtisserie et création graphique complètent cette offre diversifiée.
Le cursus en sciences de l’audition est gratuit, tandis qu’un internat, prévu dès 2027, doit faciliter l’accueil d’étudiants venus des différentes régions du Maroc et de l’étranger. L’objectif dépasse ainsi la seule accessibilité des cours : il s’agit de créer des possibilités de qualification et d’insertion professionnelle pour des jeunes dont les perspectives universitaires restent souvent limitées.
Quand la recherche apprend à communiquer autrement
L’une des particularités du campus réside dans ses sept laboratoires consacrés à la recherche, aux soins et à l’innovation. Le Motion Lab doit notamment exploiter la capture de mouvements pour développer des outils numériques en langue des signes, tandis que d’autres espaces associent intelligence artificielle, audiologie et formation à la chirurgie des implants auditifs.
Cette dimension scientifique s’appuie sur des partenariats avec des institutions marocaines et internationales, notamment l’Institut Pasteur, l’Université de Montpellier, des établissements de Louvain et de Bruxelles ainsi que l’Université Mohammed V de Rabat. Les collaborations doivent soutenir la formation des professionnels et le développement de nouvelles solutions d’accessibilité.
Une inclusion appelée à dépasser les murs du campus
L’Université Lalla Asmaa entend également agir sur les pratiques professionnelles. Banques, hôtels, administrations et médias pourront y former leurs personnels à mieux communiquer avec les personnes sourdes et malentendantes. Cette démarche prend une importance particulière à l’approche de la Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal.
Le véritable défi sera néanmoins de traduire cette ambition en résultats mesurables : accessibilité effective des enseignements, réussite des étudiants, qualité des diplômes et insertion sur le marché du travail. Car la singularité d’une université ne repose pas uniquement sur ses infrastructures, mais sur ce qu’elle permet réellement d’accomplir.
À Rabat, le pari est précisément de faire évoluer le regard sur le handicap auditif. Plutôt que d’adapter ponctuellement un système conçu pour les entendants, l’établissement propose de penser dès le départ une université ouverte à différentes manières d’apprendre, de communiquer et de travailler.
La Rédaction

