Deux semaines après la suspension des livraisons d’équipements militaires russes, l’armée de l’air malienne fonctionne au ralenti, sous tension logistique, technique et opérationnelle. Si certains appareils continuent de voler, la rupture d’approvisionnement fragilise dangereusement l’ensemble de la flotte.
Des vols encore possibles, mais au prix du risque
Contrairement à ce que certains ont affirmé, l’aviation malienne n’est pas totalement clouée au sol. Un bombardier Su‑24 a été repéré récemment à l’aéroport de Bamako, toujours opérationnel. Mais la situation est instable : le 13 juin, un avion militaire malien s’est écrasé dans le fleuve Niger lors d’un retour de mission. L’accident, sans pertes humaines, illustre la précarité croissante des moyens aériens en service
« Les vols deviennent sporadiques et dangereux. Les pièces manquent, l’entretien est incertain », confie une source sécuritaire locale.
Une aviation sous respiration artificielle
La flotte de chasseurs légers Aero L-39C et d’hélicoptères Mi-35M ne bénéficie plus d’aucune garantie de maintenance. Le constructeur tchèque Aero Vodochody, en charge de l’entretien des L-39, a mis fin à toute collaboration. Et depuis la suspension russe, plus aucun approvisionnement en pièces ou en support technique n’est prévu.
L’armée malienne, déjà dépendante, risque une rupture totale de capacités si cette situation perdure.
L’Algérie, le partenaire favori de Moscou
La Russie, désormais tournée vers des partenaires stratégiquement plus solides, privilégie l’Algérie, qui vient de signer des contrats pour les chasseurs Su‑35 et Su‑57. Face à cette reconfiguration des priorités, le Mali apparaît comme un partenaire marginal, économiquement peu intéressant pour Moscou.
Ce réalignement illustre une logique purement stratégique : l’investissement militaire se concentre désormais là où l’influence est rentable.
Sécurité régionale : le Mali vulnérable
Le ralentissement des capacités aériennes maliennes affaiblit considérablement la réponse aux menaces djihadistes, particulièrement dans les régions de Mopti, Tombouctou et Gao. L’absence d’interventions rapides, de surveillance aérienne et de frappes ciblées accroît la vulnérabilité des populations et des postes militaires isolés.
L’impact se fait aussi sentir sur les voisins du Mali – Burkina Faso, Niger, Guinée – qui partagent des enjeux sécuritaires communs dans le cadre de l’AES.
Recherches de nouveaux partenaires, sans succès
Bamako a entamé des discussions diplomatiques avec la Chine, dans l’espoir de trouver une alternative crédible à la Russie. Mais aucun accord concret n’a été signé. D’autres pistes sont évoquées, comme la Turquie ou l’Iran, mais elles restent au stade exploratoire.
En attendant, le Mali doit composer avec des appareils vieillissants, peu entretenus, et un ciel de plus en plus incertain.
Un ciel menaçant pour Bamako
La suspension russe n’a pas figé l’armée malienne, mais elle l’a gravement handicapée. Privé de livraisons, de pièces, de soutien technique, le pays entre dans une phase de vulnérabilité critique. Le crash du 13 juin n’est peut-être qu’un avant-goût des difficultés à venir. À défaut d’un nouveau partenaire stratégique, Bamako risque de perdre l’un de ses leviers militaires les plus importants.
La Rédaction

