À Bamako, les régulateurs de l’énergie du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont récemment amorcé une nouvelle ère. Sous l’égide du Premier ministre malien, le général Abdoulaye Maïga, cette première réunion énergétique de la Confédération des États du Sahel (AES) vise à transformer l’un des défis majeurs du continent en levier de coopération : l’énergie.
Une stratégie énergétique commune pour le Sahel
Réunis dans la capitale malienne, les représentants des trois pays ont posé les bases d’une régulation harmonisée. Objectif : bâtir une vision commune qui renforce la sécurité énergétique, améliore l’efficacité des marchés, réduit les coûts et accélère l’intégration des énergies renouvelables. Pour le Premier ministre malien, cette collaboration doit faire en sorte que « les populations d’Agadez, de Tenkodogo ou de Taoudeni sentent qu’elles ont la même énergie, à travers une vision commune et solidaire ».
Un potentiel renouvelable encore sous-exploité
Les ressources naturelles sont pourtant au rendez-vous. Le Mali possède un potentiel solaire impressionnant, estimé à près de 4 000 GW, et plus d’un gigawatt de vent exploitable. Le Burkina Faso, quant à lui, bénéficie d’un ensoleillement moyen de 5,5 kWh/m²/jour pendant plus de 3 000 heures par an. Des projets comme la centrale solaire de Zina (26,6 MW), inaugurée en 2024 au Burkina Faso, montrent la voie.
Des réalités contrastées sur le terrain
Malgré ces atouts, l’accès à l’électricité demeure un luxe pour de nombreuses populations. En 2024, seuls 21,7 % des Burkinabè, 53 % des Maliens et 19,5 % des Nigériens avaient accès à l’électricité. En milieu rural, la situation est encore plus préoccupante : moins de 6 % d’accès au Burkina Faso et à peine plus de 10 % au Niger. En cause : des infrastructures vieillissantes, une dépendance aux énergies fossiles coûteuses, et une faible implication du secteur privé.
Un tournant réglementaire et politique
La rencontre de Bamako marque une rupture. Pour la première fois, une volonté politique se manifeste autour d’une régulation commune, ouverte à l’investissement et au développement des énergies décentralisées, notamment solaires. L’initiative « Desert to Power » de la Banque africaine de développement, qui ambitionne d’installer 10 000 MW solaires dans la région, s’inscrit pleinement dans cette dynamique.
Face aux défis énergétiques, la réponse du Sahel se veut collective, structurée et ambitieuse. L’intégration régionale portée par l’AES donne un souffle nouveau à la souveraineté énergétique des peuples sahéliens. Une alliance solaire est en train de naître, loin de toute dépendance et tournée vers un avenir plus équitable.
La Rédaction

